Ban des néonicotinoïdes en Europe, Stupide et dangereux !

L’Europe vient d’interdire 3 pesticides issus des néonicotinoïdes. Ce sont le Clothianidinel’Imidaclopride et le Thiaméthoxame. Une fois de plus, l’Europe vient de basculer dans l’anti-science la plus absolue et ce ban des néonicotinoïdes est stupide et dangereux si on regarde la décision de l’EFSA en détails.


Capri23auto / Pixabay

Ils font la fête en chantant et en dansant. Ce ne sont ni les abeilles, ni les agriculteurs, ni même les apiculteurs, mais les marchands de peur, les biobobos et autres énergumènes dont la seule réflexion scientifique est qu’un produit est mauvais s’il est compliqué à prononcer. L’Europe, suivant la recommandation de l’EFSA, a décidé de bannir 3 insecticides  issus des néonicotinoïdes avec le Clothianidinel’Imidaclopride et le Thiaméthoxame. Notons qu’en 2013, l’Europe avait déjà imposé une limitation des néonicotinoïdes sur certaines fleurs à pollen pour protéger les abeilles.

Le mythe du déclin des abeilles

C’est étrange, car depuis 20 ans, on bannit des insecticides, qui tuent les abeilles, mais les abeilles continuent de disparaitre (même si le déclin des abeilles est un mythe au niveau mondial, car on a des déclins au niveau local ). Toute personne, un peu sensée et qui s’est documentée, saurait que le principal ennemi des abeilles est leVaroa Destructor, mais comme on n’a pas de solution contre ce parasite, il faut bien mériter les subventions européennes et les campagnes publicitaires exorbitantes en pointant le doigt de l’inquisition pseudoscientifique sur les méchants insecticides.

L’EPA et le Département de l’Agriculture aux Etats-Unis ont estimé que les néonicotinoïdes ne posent pas de risques significatifs aux abeilles et aux autres pollinisateurs. Depuis les années 1990, les néonicotinoïdes  sont très utilisés aux Etats-Unis, mais c’est étrange, car la population des abeilles n’a pas diminué. En fait en 2016, le nombre d’abeilles domestiques n’a jamais été aussi élevé depuis 22 ans. Selon Michael Burgett, les abeilles sont menacés par de nombreuses choses, le Varoa Destructor, la perte de la biodiversité et de l’habitat, le changement climatique, leur utilisation dans certaines cultures abusives comme celles des amandes en Californie. Si on devait créer une liste de 10 principales menaces sur les abeilles, alors les néonicotinoïdes en seraient la 11e.

Oui, mais l’EFSA est une autorité scientifique !

C’est vrai que la Commission Européenne a suivi l’avis de l’EFSA en sachant que cette organisation donne simplement ses recommandations, mais la manière dont elle tire ses conclusions est importante. L’EFSA a utilisé un document guide spécial, appelé le Bee Risk Guidance Document (BRGD), pour mesurer le danger des pesticides sur les abeilles. Le gros problème est que ce document a été conçu par des lobbyings bio et non des scientifiques. Et dans son communiqué de presse, l’EFSA précise qu’il utilise le BRGD dans ses mesures. C’est étrange, pourquoi le préciser ? C’est comme si c’était une manière de dire : Ecoutez les mecs, ce document est du Bullshit, mais on a les mains liées. Le site Risk Monger explique pourquoi ce document est problématique :

  • Selon ce document, les abeilles, exposées à des pesticides, doivent avoir une mortalité maximale de 7 % dans leur ruche. Le souci est que la mortalité naturelle d’une colonie est de 15 % avec ou sans pesticide. Cela signifie que quel soit la mesure qui est faite aux abeilles, elles seront toujours en danger.
  • Le document accepte uniquement les données d’études provenant de champs avec une superficie de 168 km². C’est complètement con, car les abeilles ne couvrent jamais une telle distance par rapport au site et surtout, qu’il est impossible de trouver ce type de champ.

En d’autres termes, le document est conçu pour considérer les abeilles en danger quel que soit la situation. En 2013, c’est ce même BRGD qui avait permis d’appliquer un ban temporaire sur les néonicotinoïdes, mais dès cette époque, on avait jeté des doutes sur la fiabilité du document et on avait eu des appels pour le modifier. Les marchands de peur sont prompt à se plaindre des pesticides, mais en 2018, soit 5 ans après, ce fichu document n’a pas été modifié alors qu’on aurait dû le jeter à la poubelle pour en écrire un autre.

Mais le pire est que le Bee Risk Guidance Document n’a jamais été adopté par les Etats membres de l’Union (selon un résumé fourni par Bayer), car de nombreux pays considéraient que les critères étaient trop sévères et totalement irrationnels. Cela signifie que le document, qui a permis à l’EFSA de bannir les néonicotinoïdes, est illégal par rapport au cadre européenBernhard Url, le directeur de l’EFSA, a déclaré dans une vidéo que même si ce document n’a pas été adopté, l’EFSA va quand même l’utiliser, car la Commission Européenne lui a dit de le faire. Pourquoi le patron de l’EFSA ferait-il une telle déclaration publique qui va à l’encontre de sa hiérarchie ?

Des études biaisées choisies par l’EFSA

Ensuite, on a les études proprement dites. Et là encore, il y a une couille dans le potage. Comme l’explique Science20, l’EFSA a crée 3 rapports pour les 3 pesticides bannis. Chaque rapport analyse l’impact du néonicotinoïde sur les abeilles domestiques, les bourdons et les abeilles solitaires sauvages. L’impact de chaque pesticide est mesuré selon 8 modes : l’exposition aux abeilles, les semences traitées, les dimensions des champs, les semences voisines, les semences pour l’année suivante, la guttation (l’apparition de gouttelettes sur les feuilles), la surface de l’eau et les étangs. Ces modes d’expositions sont mesurés sur plus de 17 semences en considérant l’application des néonicotinoïdes avant la floraison ou directement sur les semences.

En prenant toutes les mesures, l’EFSA a pris en compte 3 types d’études scientifiques  :

  • Etude de type I – Analyse des mesures
  • Etude de type II – Etudes partielles sur des champs et des abeilles en cage
  • Etude de type III – Etude sur les champs complets

L’EFSA a consulté près de 1500 études, mais seule une fraction inclut les études sur les champs complets, mais une grande majorité provient des études de type I. Cela signifie que l’EFSA a simplement regardé les études avec l’échantillon le plus faible et dans des conditions qui n’ont rien à avoir avec la réalité. Quand on parle d’études sur des abeilles en cage, cela signifie que les chercheurs vont déverser des doses excessives et totalement irréalistes de néonicotinoïdes sur les abeilles individuelles pour avoir la dose de toxicité maximale (C’est pour voir quel le point de rupture des abeilles face à cette substance et c’est généralement considéré comme des études scientifiques très moisies).

Et comme l’EFSA n’a pris en compte que ces études de type  I, alors il est évident qu’ils vont voir le danger sur les abeilles, mais la plupart des études, sur les champs de taille  réaliste et des conditions réelles, n’ont jamais montré le moindre effet des néonicotinoïdes sur les abeilles.

Mais pourquoi les néonicotinoïdes auraient un effet sur des abeilles individuelles, mais qu’il disparait à l’échelle de la colonie. L’hypothèse est qu’une ruche agit comme un super organisme permettant aux abeilles de se détoxifier plus rapidement et de se protéger avec un comportement de protection collaborative. Et comme les doses sont excessives dans les études de type 3, alors vous allez trouver des abeilles qui vont crever. En fait, remplacez les néonicotinoïdes par du vinaigre et ces abeilles vont toujours crever avec de telles doses. Mais quand on mesure l’impact des pesticides sur les abeilles sur des champs, alors l’effet est négligeable.

Les alternatives aux néonicotinoïdes ?

L’une des raisons pour lesquelles on utilise les néonicotinoïdes est qu’il n’y a pas d’alternative viable et moins toxiques. Le ban des néonicotinoïdes est un cercle vicieux, car cela forcera les agriculteurs à utiliser d’autres pesticides plus toxiques pour l’environnement et les autres pollinisateurs. Les marchands de peur vont débarquer en éructant leur haine et nous revoilà reparti pour un tour. Et les rares bonnes alternatives vont faire évanouir les biobos, car ce sont les OGM, car les cultures Bt sont assez intéressantes pour remplacer une culture traitée par les néonicotinoïdes. Mais comme le bio ne veut pas entendre parler des OGM, on revient au point de départ. De plus, les alternatives ne sont pas aussi efficaces.

Pour se protéger contre des parasites comme le ver fil de ver et la mouche des légumineuses, le traitement des néonicotinoïdes sur les semences est la seule solution. Et pour les autres insectes, les alternatives sont plus dangereuses. Pour les Alticinae sur le canola et l’Aphis glycines, on peut utiliser des pesticides à base d’organophosphate ou les insecticides aux pyréthrinoïdes, mais le risque de toxicité est clairement plus important.

Notons que je ne nie pas l’effet des néonicotinoïdes sur les abeilles, mais c’est plus une corrélation qu’une causalité. Dans de nombreux cas, cet impact est inexistant, mais parfois, il y en a un sur la survie hivernale des abeilles, mais le problème vient de la faiblesse génétique des abeilles qui manquent de diversité florale. Mais les médias de masse, les lobbyings bio et les marchands de peur ont simplement crié à la mort des néonicotinoïdes et l’Europe a hoché la tête une fois de plus.

Europe, un continent gangrené par la pseudoscience et l’obscurantisme

Cette décision signe la mort des agriculteurs à petit feu, mais on s’en fout, car les produits agricoles seront issus des exportations à cause des traités de libre-échange. Traités avec des pays qui utilisent les néonicotinoïdes depuis des décennies et qui ne vont pas respecter la décision de l’EFSA. Le ban des néonicotinoïdes est clairement similaire à celui du DTT dont on hurlé les dangers sur tous les toits et 20 ans plus tard,  l’OMS murmure du bout des lèvres qu’en fin de compte, le DDT est quand même très pratique pour lutter contre le paludisme.

Malheureusement, avec la diabolisation du DDT, 12 millions de personnes sont mortes du paludisme en 20 ans (le paludisme tue environ 600 000 personnes par an). Heureusement, le ban des néonicotinoïdes ne fera pas une telle hécatombe, mais il va quand même faire des dégats et l’Europe va encore se faire distancer par les Etats-Unis qui continuent d’utiliser les néonicotinoïdes sans aucun problème. Dans 4 ou 5 ans, j’attend de voir ce que vont dire les marchands de peur quand les abeilles continueront de disparaitre alors qu’il n’y aura plus de néonicotinoïdes à condamner. Ils vont partir à chasse de tous les autres pesticides et finalement, le marché du bio aura son monopole.

Mais entre-temps, les agriculteurs auront été forcé d’utiliser des pesticides plus dangereux et moins performants ce qui pénalisera les rendements agricoles et l’Europe deviendra de plus en plus hostile aux agriculteurs qui vont partir sur d’autres cieux. L’exode des agriculteurs français a déjà commencé depuis plusieurs années et elle va se poursuivre. Les entreprises alimentaires et la grande distribution sont également responsables de cette attaque sur l’agriculture européenne conventionnelle, car le marché du bio est très rentable et la grande distribution fait des marges très confortables. Et quand on regarde les lobbyings qui attaquent l’agriculture conventionnelle, alors on trouve toujours des conflits d’intérêts entremêles avec les coopératives du bio. Sans oublier que si certains ne peuvent pas acheter le bio à des prix exorbitants, on pourra toujours leur refiler des produits issus de l’exportation et bénis par les traités de libre-échange.

A une époque, la norme européenne était une référence dans le monde (on parle de l’Europe sous Jacques Delors) et c’était cette Europe qui avait imposé le respect au monde entier avec ses normes issues des mesures scientifiques plutôt que le principe de précaution qui est un cheval de Troie de la pseudoscience. Mais avec l’arrivée de Jean-Claude Juncker et de ses sbires, on a vu progressivement disparaitre de nombreux départements scientifiques au sein de l’Union. Et pour cause, la science est têtue face à l’obscurantisme. Et quand vous ne pouvez pas battre la science, alors il faut absolument déplacer le combat sur le terrain idéologique et politique.

C’est un triste bilan de la situation agricole et scientifique en Europe. Et Je devrais m’en foutre, car je ne suis même pas européen. Mais ces lobbyings et cette bureaucratie vont exploiter la reconnaissance internationale de la norme européenne dans les pays pauvres pour les forcer à adopter le même modèle. Une stratégie ultra-libérale parfaitement rodée dans laquelle la science ne sera jamais plus la bienvenue. C’est dramatique de voir ce continent qui plonge tête baissée dans les discours pseudoscientifiques en perdant tous ses acquis sur la production agricole et la suprématie scientifique ces dernières années.

 

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Houssen Moshinaly

Rédacteur web depuis 2009 et blogueur dans la vulgarisation scientifique.

Depuis plusieurs années, la science est attaquée de tous les cotés. Les vaccins, les pesticides, les OGM, mais également sur le plan de la politique. Marre d'entendre des âneries sur les médias de masse, j'ai décidé de lancer ce blog pour critiquer tous ces attaques incessantes sur la science. Je parle de l'agriculture comme des lois liberticides ou des pseudosciences.

Je ne prétend pas être un expert dans les domaines et considérez plutôt mes articles comme une opinion éclairée, mais personnelle sur des sujets qui sont souvent assombris par les marchands de peur et la pseudoscience. Mon ton peut être cassant et tranchant, car cette plume canalise une colère souvent justifiée.

Pour me contacter personnellement :

3 réponses

  1. lecompte dit :

    bsr,

    en tant qu’apiculteur (certifié bio en plus) je partage totalement votre analyse.

    la crise apicole n’a rien à voir avec les neonics; je confirme.

    Dans ma région (la champagne) on utilise les nnics de manière abondante sur cereales et bettreaves. La luzerne permet d’y faire des récoltes énormes. (85 kg de moyenne en 2015 sur des milliers de ruches)
    en 8 ans on a augmenté le cheptel de 20 %

    pour comprendre une crise sociale, je vous renvoie à l’affaire Lyssenko ou aux danseurs fous de strasbourg de 1518 de John Waller. Nous somme dans cette hystérie collective.

    bien à vous

    • Une vidéo montée à la pisse avec des bouts d’informations erronées et insuffisantes, vous prouvez que j’ai toujours raison devant ce type de propagande. Pour prouver que les pesticides ont nuit à ces abeilles :

      • Il faut déterminer le type de pesticide (Aucun nom ou formulation n’a été utilisé, le bio utilise des dizaines de pesticides bio beaucoup plus toxiques que les pesticides de synthèses.)
      • Le dosage des pesticides n’est pas mentionné, ni la taille du champs, ni la proximité des ruches.
      • Il faut également un profilage génétique des abeilles pour voir si elles sont faibles génétiquement. Un organisme faible se fera défoncer quelle que soit la substance.
      • Il faut également vérifier si les agriculteurs de colza en question ont bien respecté les doses prescrites. Les abus existent, mais sont minoritaires.

      Ce reportage est malhonnête de A à Z, car on pourrait remplacer le terme “pesticide” par “nutella” pour avoir le même putain de résultat. La prochaine fois, évitez de commenter sur ce blog si vous n’avez pas d’arguments scientifiques et non des témoignages stupides qui passent bien à la télé, mais qui ont une valeur de zéro absolu dans la communauté scientifique.

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