CRISPR et OGM en Europe, un nouvel espoir grâce à la Cour Européenne ?

Avec l’opinion de l’avocat général de la Cour Européenne sur la modification génétique concernant les semences, on pourrait voir un nouvel espoir pour la biotechnologie en Europe. Mais les anti-OGM risquent de tout foutre par terre comme d’habitude.


J’ai parlé du fait que l’USDA avait autorisé les semences modifiés par CRISPR en arguant qu’il n’y avait pas de nouveau risque pour cette technologie. On sait que l’Inde, l’Australie ou le Canada pourrait emboiter le pas des Yankees, mais j’avais émis des doutes sur l’Europe à cause de la pression des lobbying anti-OGM. Mais une affaire actuellement traitée par la Cour Européenne pourrait changer la donne même si c’est pour ça, il faut qu’on résume les législations des OGM en Europe.

A cause des régulations sur les OGM, seules 2 semences OGM sont autorisé en Europe. Et l’un d’entre eux, la pomme de terre Amflora n’est plus disponible, car son fabricant, BASF, a claqué la porte du marché européen (marre des anti-OGM sans doute). Ce qui nous laisse le MON810 qui est un maïs avec des propriétés insecticides. Mais même cette semence est utilisée de manière très limitée, car en plus des frontières européennes, chaque pays possède aussi ses propres régulations.

Les semences OGM, qui peuvent être cultivés, doivent être autorisé par la Commission Européenne et cette dernière met une plombe pour donner l’autorisation. Et les aliments, issus des OGM, doivent être clairement étiqueté. L’étiquette sans OGM est une stupidité à plus d’un titre. Le problème est que très peu d’entreprises obtiennent cette autorisation, car la demande va passer devant un groupe avec des représentants des 28 Etats Membres. Et on sait que ce groupe va prendre sa décision sur des motivations politiques plutôt que scientifiques. Le résultat est que les généticiens se barrent aux Etats-Unis en provoquant une immense fuite de cerveaux et les entreprises vont cultiver les OGM hors d’Europe, mais ils vont importer les aliments sur le territoire européen.

La directive européenne 1829/2003 définit un organisme génétiquement modifié comme un organisme dans lequel le matériel génétique a été modifié de telle manière qu’il ne peut pas se produire naturellement. Le professeur Nigel Halford sur le site Scottish Farmer estime que cette définition est trop vague. Par exemple, les semences, qui avaient des mutations de gènes issues de la radiation ou du traitement chimique, qui existent depuis les années 1950, sont clairement des OGM selon cette directive, mais l’Europe a dû intégrer des exceptions pour ces semences dans ce qu’on appelle l’exception de mutagenèse.

Ces anciennes techniques provoquent de nombreuses mutations aléatoires, mais l’édition de gènes permet de cibler un seul gène et selon Halford, ce type de modification doit être également incluse dans l’exception. Et évidemment, quand on parle d’édition précise de gènes, on pense évidemment à CRISPR. Mais malgré l’arrivée de ces nouvelles techniques d’éditions de gène, l’Europe tergiverse à mort en refusant de les inclure dans les exceptions ce qui vide la recherche biotechnologique européenne pour aller voir sous d’autres cieux plus cléments.

Mais les anti-OGM et les pro-bio voulaient également décapiter ces exceptions de la mutagenèse. Ainsi, des organisations comme la Confédération Paysanne ont porté plainte devant la Cour Européenne en estimant que les dernières techniques d’éditions de gène pose un vrai problème et que les semences, résultantes, sont de vrais OGM (sic) . Mais l’opinion de l’Avocat Général risque de leur retomber en pleine tronche. Car Michal Bobek a estimé que :

Que les organismes obtenus par la mutagénèse sont des organismes génétiquement modifiés selon la directive 1829/2003. Mais il a déclaré que l’exemption de la mutagénèse s’applique à tous les organismes obtenus par n’importe quelle technique de mutagenèse, mais la condition est que la technique ne doit pas impliquer des molécules d’acide nucléique recombinant.

Et selon le professeur Halford :

Tous les organismes contiennent naturellement du recombinant d’ADN, car l’ADN se recombine pendant des processus comme la reproduction. Dans cet exemple, l’avocat général parle de la recombination d’ADN introduite par la modification génétique qui ne s’applique pas aux semences dont on modifie le génome.

C’est une décision passée inaperçue, mais elle est d’une importance capitale pour que l’Europe ne se laisse pas coiffer au poteau avec la révolution CRISPR qui arrive à grand pas. Mais vous pouvez compter sur les anti-OGM et les bio-bobos pour tenter de tuer cette bonne nouvelle dans l’oeuf. Obscurantiste un jour, obscurantisme pour toujours !

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Houssen Moshinaly

Rédacteur web depuis 2009 et blogueur dans la vulgarisation scientifique.

Depuis plusieurs années, la science est attaquée de tous les cotés. Les vaccins, les pesticides, les OGM, mais également sur le plan de la politique. Marre d'entendre des âneries sur les médias de masse, j'ai décidé de lancer ce blog pour critiquer tous ces attaques incessantes sur la science. Je parle de l'agriculture comme des lois liberticides ou des pseudosciences.

Je ne prétend pas être un expert dans les domaines et considérez plutôt mes articles comme une opinion éclairée, mais personnelle sur des sujets qui sont souvent assombris par les marchands de peur et la pseudoscience. Mon ton peut être cassant et tranchant, car cette plume canalise une colère souvent justifiée.

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