CRISPR sur des OGM, pas de régulation des USA

Une très bonne nouvelle pour les biotechnologiques puisque le Département de l’Agriculture a déclaré qu’il ne va pas réguler les nouvelles techniques de modification génétique sur les semences, notamment du CRISPR.


Une très bonne nouvelle pour les biotechnologiques puisque le Département de l'Agriculture a déclaré qu'il ne va pas réguler les nouvelles techniques de modification génétique sur les semences, notamment du CRISPR.
LubosHouska / Pixabay

L’USDA, qui est le département de l’agriculture aux Etats-Unis, a indiqué qu’il ne prévoyait pas de réguler ou de surveiller les nouvelles techniques de modification sur les OGM. La transgénèse, qui consiste à implanter un gène provenant d’une espèce différente, est toujours régulé, mais les semenciers et les généticiens pourront utiliser les nouvelles possibilités par CRISPR pour croiser leurs semences et avoir les propriétés désirées. L’avis de l’USDA est logique, car l’arrivée de CRISPR dans les OGM floute la frontière entre la modification génétique ou non d’une semence.

Le terme OGM n’a aucune valeur scientifique et il a été promu par les anti-OGM et il sert de base à toutes les régulations. Tous les organismes subissent des modifications génétiques. Les techniques habituelles comme la sélection artificielle (le croisement) et la mutagénèse effectuent cette modification génétique de manière aléatoire et au niveau entier du génome. Un virus peut modifier le génome des humains et de toutes les formes de vie cellulaires dans une manière aléatoire, mais qui peut être pertinente (pour le virus). Ainsi, on a appris que l’Agrobacterium avait modifié le génome de la patate douce il y a plus de 8 000 ans via des techniques de domestication. Ainsi, la mutation génétique s’est toujours produite depuis l’apparition de la vie, mais la biotechnologie peut le faire plus rapidement et plus précisément.

Comment fonctionne la modification de gène CRISPR-Cas9

Comment fonctionne la modification de gène CRISPR-Cas9

Notons que la modification génétique de l’Agrobacterium est totalement naturelle et c’est tellement efficace que les généticiens l’utilisent pour délivrer le CRISPR-Cas9. La technique est d’utiliser CRISPR-Cas9 pour capturer l’Agrobacterium (ou un autre vecteur) pour introduire les gènes de CRISPR-Cas9, puis d’utiliser la machinerie de la cellule pour assembler l’ARN guide et la protéine Cas9.

Mais si le système CRISPR-Cas9 entièrement assemblé est introduit dans la cellule sans utiliser le génome ou la machinerie de la cellule cible, alors la technique tomberait dans une zone grise réglementaire. En gros, on peut modifier le génome de la semence, mais sans pouvoir déterminer comment “on l’a fait” et le label OGM nécessite un objectif précis de ciblage génétique. Cela permet à CRISPR d’échapper à la régulation.

Mais c’est une nouvelle technique, donc faut la réguler !

Non, avant même de poser la question si on doit réguler une nouvelle technologie, on doit se demander si c’est vraiment nécessaire. Gardez à l’esprit que dans l’univers, le risque zéro est la seule chose impossible. Nous régulons des risques déraisonnables. Et nos régulations doivent faire en sorte que les risques liés à une technologie ne deviennent pas déraisonnables. Quand on crée une nouvelle technologie, alors la régulation doit se poser cette question : Quel est le nouveau risque posé par cette nouvelle technologie ?

S’il n’y a pas de nouveaux risques, alors la prochaine question est : Est-ce que nous pouvons utiliser nos régulations existantes pour gérer les risques par cette nouvelle technologie ? Si la réponse est oui, alors il n’y a pas besoin de régulation. C’est aussi simple que ça. CRISPR ne pose pas de nouveau risque même si c’est une nouvelle technologie. C’est juste qu’on peut désormais réussir la modification des gènes plus rapidement et à un cout beaucoup moindre.

Maintenant que les Etats-Unis ont donné le feu vert à des semences modifiées par CRISPR, on se demande comment les autres pays vont réagir. Le Brésil, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande pourraient imiter les USA, mais l’Europe, corrompue par les lobbyistes anti-OGM et en pervertissant le principe de précaution, pourrait interdire la technique. Même si la Cour Européenne estime que des semences modifiées avec CRISPR ne devraient pas tomber sous la même régulation des OGM, les anti-OGM vont risquer de capoter cette décision.

Si l’Europe maintient ses positions anti-sciences sur les OGM, alors les Etats-Unis pourront devancer les Européens sur les OGM… une fois de plus. La fuite des cerveaux européens vers les universités et entreprises américaines est massive et les américains gagnent sur tous les tableaux.  De plus, les pays émergents commencent aussi à adopter les biotechnologies et on risque de se retrouver dans un monde agricole où les pays émergents et les USA vont prédominer dans des nouvelles semences très performantes à l’aide de CRISPR et pendant ce temps, l’Europe bouffera du bio médiocre à des prix exorbitants sans aucun effet positif.

 

N'oubliez pas de voter pour cet article !
1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (1 votes, moyenne : 1,00 sur 5)
Loading...

Houssen Moshinaly

Rédacteur web depuis 2009 et blogueur dans la vulgarisation scientifique.

Depuis plusieurs années, la science est attaquée de tous les cotés. Les vaccins, les pesticides, les OGM, mais également sur le plan de la politique. Marre d'entendre des âneries sur les médias de masse, j'ai décidé de lancer ce blog pour critiquer tous ces attaques incessantes sur la science. Je parle de l'agriculture comme des lois liberticides ou des pseudosciences.

Je ne prétend pas être un expert dans les domaines et considérez plutôt mes articles comme une opinion éclairée, mais personnelle sur des sujets qui sont souvent assombris par les marchands de peur et la pseudoscience. Mon ton peut être cassant et tranchant, car cette plume canalise une colère souvent justifiée.

Pour me contacter personnellement :

1 réponse

  1. Kressmann dit :

    Bonjour

    Je partage complètement votre analyse. Si nous légiférons l’édition de gènes ( CRIPS Cas 9) comme la transgénèse (OGM), l’Europe perdra son rang dans la compétition mondiale sur le marché de la semence et ne sera plus un acteur et perdra sa souveraineté alimentaire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *