Glyphosate : Même jusque dans les tripes des rats, on ne trouve rien

Quand vous n’arrivez pas à trouver des effets négatifs sur le glyphosate jusque dans les bactéries qui se trouvent dans les tripes des rats, je pense que vous devriez abandonner et vous mettre à la cueillette des cerises.


Quand vous n'arrivez pas à trouver des effets négatifs sur le glyphosate jusque dans les bactéries qui se trouve dans les tripes des rats, je pense que vous devriez abandonner et vous mettre à la cueillette des cerises.
ju1959jjj / Pixabay

Alors que l’Assemblée vient de confirmer la victoire de la science en refusant l’interdiction du glyphosate, les études pourries, commanditées et corrompues ont fleuri avant le vote pour faire basculer la tendance. La dernière en date provient de l’institut Ramazzini qui nous dit que le glyphosate endommage les bactéries du microbiome des rats. Bon, les sites habituels de biobobos se sont précipité pour relayer cette étude qui n’est pas publiée dans une revue à comité d’évaluation par les pairs.

Le glyphosate ferait chier les bactéries dans nos intestins

On a également Euractiv, site pro-européen de la mort qui tue, qui relaie cette étude pourrie avec le titre : Même aux doses «sûres», les inquiétudes sur le glyphosate par Claire Stam. Je sens qu’on va bien rigoler. Vous pouvez également retrouver un débunking de cette merde sur Genetic Litteracy. Je vais me contenter de critiquer l’article d’Euractiv et dès le chapo, ça sent pas bon.

Le glyphosate peut perturber le développement sexuel, les gènes et les bactéries intestinales, même aux doses considérées comme sûres par l’Europe, selon une nouvelle étude.

Peut perturber le développement sexuel… Je vais voir dans la partie Résultats du papier (page 13) où on peut lire ceci :

Aucun signe ou symptôme clinique inattendu n’a été observé chez les animaux pendant la phase in vivo. En particulier, aucun signe de modification du comportement maternel pendant l’allaitement (nidification et soins) ont été observés au cours de l’expérience. Il n’y avait aucune preuve clinique d’altérationsactivité ou comportement chez les chiots. Le Poids corporel, la consommation d’eau et d’aliments dans les mères et les chiots n’étaient pas différents à travers les groupes.

Il n’y a rien de rien, mais Euractiv estime que c’est parce qu’il n’y a rien qu’il a forcément quelque chose. J’imagine bien la tronche des chercheurs en train de se dire : Putain les mecs, malgré des doses massives et irréalistes, ce glyphosate ne fait rien aux rats. Mais si on cherchait des modifications dans les bactéries dans les intestins de rats et qu’on fait la découverte du siècle ? On est clairement dans la chasse aux petits effets statistiques.

Si vous prenez 20 personnes, mais que vous mesurez 30 éléments différents sur leurs organismes, alors vous allez forcément trouver quelque chose. Si sur 100 tests montrant que la pizza donne le cancer, vous avez 1 personne qui montre cette corrélation, alors les médias et les marchands de peur vont titrer que la pizza donne le cancer et le papier ne précisera même pas les 99 % résultats nuls.

Le ramassis de  conneries de Ramazzini

De plus, l’institut Ramazzini possède une très mauvaise réputation, car à chaque fois qu’il teste quelque chose, cette chose devient cancérigène. Ainsi en 2012, l’institut Ramazzini prétendait que le Splenda (une marque d’édulcorant) provoquait le cancer. En mars 2018, cet institut nous disait que les ondes des téléphones portables donnent le cancer. En fait, l’institut Ramazzini a même découvert que la poussière des débris du World Trade Center pouvait donner le cancer… Je pense que recevoir un avion dans la tronche ou se faire ensevelir sous les gravats me parait légèrement plus mortel que de la poussière à la con.

Le Congrès Américain a lancé une enquête sur cet institut, car le NIEHS (National Institute of Environmental Health Sciences) aurait donné des millions de dollars à cet institut. Des millions provenant de contribuables américains. Et le problème est que le NIEHS a souvent été accusé de servir la propagande contre les pesticides et il a des liens étroits avec le CIRC. Par principe, quand quelqu’un a des liens avec le CIRC, faut s’en méfier.

Le niveau maximal plutôt que l’exposition réelle

Et même si on doit prendre en compte cette étude, la méthodologie est plus que merdique. Ils ont utilisé une dose de 1,75mg/kg et par jour en la considérant comme une dose environnementale d’exposition (c’est à dire la dose à laquelle un utilisateur du glyphosate est exposé) et c’est une manipulation pure et simple. L’EPA a fixé une DJA (Dose Journalière Admissible) à 1,75 mg/kg, mais c’est la dose maximale.

Si on regarde une revue systématique de plusieurs études sur les résidus de glyphosate chez des utilisateurs de cet herbicide, , alors on trouve que les utilisateurs du glyphosate ont des résidus d’environ 0,004 mg/kg, soit des milliers de fois inférieurs à une dose de 1,75 mg. Et ici, on parle des agriculteurs qui utilisent activement le glyphosate et non des personnes qui mangent des aliments de cette agriculture. Cela signifie quel que soit l’angle qu’on prend, on ne trouvera jamais de résidus de glyphosate à leur niveau maximal chez une personne pendant toute sa vie.

Le glyphosate et le microbiome

L’objectif de cette étude est de surfer sur une série d’hypothèses qui pourrait être pertinente, mais qui est très tiré par les cheveux. La raison pour laquelle on est certain que le glyphosate n’est pas nocif pour les mammifères est qu’il inhibe un processus qu’on appelle la Voie du Shikimate. Les plantes utilisent cette voie pour créer des acides aminés aromatiques. Les mammifères ne possèdent pas la voie du Shikimate, mais les plantes et les bactéries en possèdent et on voit donc venir l’arnaque.

Les marchands de peur vont réfléchir de la manière suivante : On a des milliers de milliards de bactéries dans nos intestins. La voie du Shikimate handicape les bactéries, on sait qu’un désordre du microbiome peut provoquer des troubles cognitifs comme l’autisme. Le glyphosate bloque la voie du Shikimate et donc, il provoque l’autisme ! C’est avec ce raisonnement de merde qu’on trouve des associations inexistantes, mais le problème est que :

  • On estime que nos intestins contiennent 100 mille milliards de bactéries
  • Que l’étude du microbiome n’est en qu’à ses balbutiements
  • Que les composants fabriqués par les plantes se trouvent en abondance dans nos intestins
  • Donc, les bactéries n’ont pas besoin de les fabriquer eux-même
  • Même si ces bactéries ne produisent pas les composants, nous en avons assez dans nos intestins

En fait, les marchands de peur font une conclusion inverse. Ce ne sont pas les bactéries qui nous donnent ces composants, mais c’est parce que nos intestins sont remplis de ces  composants que ces bactéries prolifèrent dedans. Etant donné que l’étude du microbiome est très récente et donc, qu’on ne connait pas les effets positifs et négatifs (à part quelques pistes ici et là), alors on peut tout dire tout et n’importe quoi si cela va dans le sens des intérêts. Si on veut dire que le glyphosate provoque l’autisme ou le cancer, alors il suffit de citer le microbiome sans apporter la moindre preuve et tout le monde pourra crier comme une foule en furie contre le glyphosate.

 

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Houssen Moshinaly

Rédacteur web depuis 2009 et blogueur dans la vulgarisation scientifique.

Depuis plusieurs années, la science est attaquée de tous les cotés. Les vaccins, les pesticides, les OGM, mais également sur le plan de la politique. Marre d'entendre des âneries sur les médias de masse, j'ai décidé de lancer ce blog pour critiquer tous ces attaques incessantes sur la science. Je parle de l'agriculture comme des lois liberticides ou des pseudosciences.

Je ne prétend pas être un expert dans les domaines et considérez plutôt mes articles comme une opinion éclairée, mais personnelle sur des sujets qui sont souvent assombris par les marchands de peur et la pseudoscience. Mon ton peut être cassant et tranchant, car cette plume canalise une colère souvent justifiée.

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