Le ban des néonicotinoïdes en Europe est une “fraude scientifique”

Traduction d’un article sur Genetic Literacy par Henry Miller, biologiste moléculaire à l’université de Stanford. Cet article s’ajoute au mien qui arrive aux mêmes conclusions. Que le ban des néonicotinoïdes était une stupidité cadavérique.


Traduction d'un article sur Genetic Literacy par Henry Miller, biologiste moléculaire à l'université de Stanford. Cet article s'ajoute au mien qui arrive aux mêmes conclusions. Que le ban des néonicotinoïdes était une stupidité cadavérique.
Myriams-Fotos / Pixabay

5 ans après l’interdiction temporaire des néonicotinoïdes par l’Union européenne, un comité d’experts des États membres a finalement voté pour que cette interdiction soit permanente. Ce n’était pas une surprise. Le vote a suivi peu après que l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a publié son avis consultatif selon lequel les néonics représentent un risque pour les abeilles sauvages et les abeilles mellifères, un résultat qui a fait la une des journaux en Europe et aux États-Unis.

Aucun risque démontré pour les abeilles

Mais, n’importe quel journaliste, qui aurait lu le rapport, aurait découvert que l’EFSA n’avait rien trouvé de tel. L’organisation a simplement trouvé qu’il est très difficile dans le monde réel de la science de prouver un résultat négatif ce qui explique pourquoi la phrase la plus répétée dans les pages était qu’un risque faible ne pouvait pas être confirmé.

La distance est colossale entre le fait de dire que quelque chose représente un risque et l’affirmation selon laquelle un risque faible ne peut être confirmé. En droit pénal, c’est la différence entre les démocraties et les dictatures, dans le premier cas, le gouvernement est tenu de prouver votre culpabilité et dans une justice de type soviétique, vous devez prouver votre innocence.

Et, à l’instar des procureurs soviétiques qui voulaient museler un dissident gênant, rien n’arrêterait les poursuites unilatérales d’une interdiction par les régulateurs de l’UE. Pas une simple distinction sémantique. Pas la masse de preuves scientifiques qui ont convaincu les organismes de réglementation des États-Unis, du Canada et de l’Australie que les abeilles peuvent se nourrir en toute sécurité sur les cultures traitées au néonicotinoïde.

La fiction de l’apocalypse des abeilles

La crise originelle de l’apocalypse des abeilles, la raison pour laquelle les néonics ont été interdits en premier lieu, s’est révélée être une fiction complète. (En effet, les populations d’abeilles augmentent en Europe et dans tous les autres continents du monde, et depuis la mise sur le marché des néoniques au milieu des années 1990 et ce sont des faits facilement vérifiables grâce à une recherche Google sur le site de la FAO (http://www.fao.org/faostat/en/#data/QA).

La Commission a identifié l’acarien Varroa comme la principale cause des problèmes de santé des abeilles. Le même rapport mentionne que seuls 3 sur 100 apiculteurs et un seul des laboratoires étudiés a indiqué que les pesticides étaient un problème majeur. Mais l’approche de l’EFSA, en matière de preuve était dans son insistance à émettre des directives réglementaires qui garantissaient qu’elle ne serait jamais capable de confirmer un faible risque pour les abeilles même si le poids des preuves scientifiques démontre le contraire.

Le Bee Guidance Document, complètement perverti par les activistes

En général, quand les gens trichent, ils essaient de le cacher. La feuille de triche de l’EFSA, le document qui explique comment ils ont truqué le processus, est disponible à tout le monde sur le site web de l’UE. Connu sous le nom de Bee Guidance Document ou BGD en abrégé, il a créé le cadre réglementaire utilisé par l’EFSA pour réaliser ses évaluations. Le journaliste d’investigation David Zaruk a détaillé comment le groupe de travail, qui a écrit le BGD, a été perverti par des activistes anti-pesticides en 2011 et qu’une fois le document accepté par l’EFSA, la conclusion de précaution a été intégrée au processus.

Même les pays membres de l’UE, qui militent activement pour une interdiction, n’ont pas été capables de le faire voter. Car ils savent que si les critères du BGD étaient appliqués à d’autres évaluations des risques, aucun insecticide actuellement utilisé en Europe, incluant les pesticides bio tels que l’huile de Neem, ne pourrait jamais être approuvé. Les agriculteurs bio utilisent de nombreux pesticides que la société Xerces considère comme étant hautement toxiques pour les abeilles, notamment les pyréthrines, la roténone, la sabadilla, le spinosad, le sulfate de cuivre et l’huile horticole. En droit, le BGD n’est toujours pas approuvé, mais les régulateurs semblent s’en foutre complètement.

L’exclusion malhonnête des études sur les champs

La principale difficulté pour l’EFSA était qu’elle avait besoin d’une sorte de justification scientifique pour interdire les néonicotinoïdes et les meilleures preuves scientifiques, provenant d’études de terrain à grande échelle, démontrent massivement que les néonicotinoïdes n’ont aucun effet négatif sur la santé des ruches. Connues comme la référence dans la recherche sur les abeilles, ces études de terrain sont difficiles et coûteuses à réaliser, mais elles sont aussi la seule mesure valable de la façon dont les abeilles sont affectées par les néonicotines dans le monde réel.

D’un autre côté, les militants écologistes et la plupart des scientifiques universitaires préfèrent les études en laboratoire et en semi-terrain où les abeilles individuelles sont gavés de grandes quantités de néonicotines et, sans surprise, deviennent perturbées ou souffrent d’autres effets indésirables. Ces études vont garantir des unes bien anxiogènes dans les médias de masse et elles sont relativement peu couteuses à produire. C’est pourquoi les scientifiques activistes les ont utilisés systématiquement au cours des dernières années (par exemple, ici et ici).

Des exigences irréalistes dans le monde réel

L’EFSA devait fournir le vernis de la justification scientifique pour l’interdiction sous la forme d’une excuse pour ignorer les études sur le terrain et fonder leur conclusion sur des expériences de laboratoire. C’est le BGD qui a fourni ce vernis à l’EFSA. Comment ? Simplement en créant des exigences pour les études de terrain qui sont littéralement impossibles à respecter, permettant à l’EFSA de rejeter ou d’écarter fortement les résultats de chaque étude de terrain.

Pour ne donner que deux exemples. Le BGD exige que les études sur le terrain démontrent que le taux de mortalité des abeilles, testées dans les champs traités par les néonics, ne dépasse pas 7 %. Étant donné que le taux de mortalité des abeilles dans une ruche donnée peut varier jusqu’à 21 %, il est statistiquement impossible de démontrer une si petite variation.

L’exigence du BGD pour la taille des études de terrain est tout aussi impossible. Pour répondre à tous les critères de la BDG, une seule étude nécessiterait une zone d’essai de 448 kilomètres carrés. Cela signifie que l’EFSA demande un champ de la taille qui est 4 fois plus grand que la ville de Paris. Étant donné que les champs d’essai et de contrôle devraient être éloignés de toutes autres cultures, fleurs, haies ou arbres à fleurs qui attirent les abeilles, une telle étude ne pourrait probablement pas être réalisée dans le paysage européen.

Le risque pour les abeilles n’est pas confirmé

En fin de compte, c’était la raison principale pour laquelle les études de l’EFSA ne concluaient pas vraiment que les néonicotinoïdes posaient un risque pour les abeilles. Si les journalistes scientifiques avaient pris la peine de lire le rapport, alors ils auraient constaté que les scientifiques de l’EFSA avaient répété plusieurs fois qu’un faible risque pour les abeilles ne pouvait pas être confirmé. Toutes les études sur le terrain, qui ont démontré qu’il y avait effectivement un risque nul, ont été arbitrairement écartées ou disqualifiées par le BGD.

Mais n’espérez pas que les médias de masse vous apprennent cette fraude manifeste de l’EFSA. Même les journalistes des grands médias ne semblent pas prendre la peine de lire les papiers scientifiques qu’ils couvrent dans leur article. Ils s’appuient fortement sur les communiqués de presse et régurgitent leurs conclusions idéologiques. Aucun d’entre eux n’a souligné cette situation très étrange que l’UE ait divulgué son intention d’étendre l’interdiction des néonicotinoïdes à toutes les cultures 1 an avant que l’EFSA fournisse son évaluation sur la justification scientifique de l’interdiction. On a également l’anomalie scientifique de l’interdiction des néonicotinoïdes sur les cultures comme les betteraves à sucre qui ne fleurissent pas et ne produisent pas de pollen ce qui signifie que les abeilles n’entreront jamais en contact avec ce type de culture.

Le lobbying intensif de la Commission européenne

Mais comme d’autres l’ont signalé, le Bee Guidance Document n’est qu’une des nombreuses fraudes sur la route de cette interdiction inutile et destructrice. En plus de l’apocalypse fictif des abeilles promue par la Commission Européenne et le propre rapport de cette Commission en 2010 démontrant que les néonicotinoïdes ne posaient aucun risque pour les apiculteurs ou les scientifiques spécialisés dans les abeilles, la Commission et l’EFSA ont un bilan constant de partialité et de manipulation sur cette question.

  • Le communiqué de presse incendiaire de l’examen de l’EFSA sur néonicotinoïdes publié par Catherine Geslain-Lanéelle, Directrice générale française de cette agence. Et étrangement, après cette sortie endiablée, Catherine Geslain-Lanéelle a été presque immédiatement récompensée par un poste au gouvernement français.
  • Le scandale Bee-Gate, au cours duquel l’International Union for the Conservation of Nature (IUCN), subventionnée par l’UE, a conspiré pour fabriquer des études qui soutiendraient sa campagne pour interdire les néonicotinoïdes.
  • La tentative de la Commission européenne de supprimer un rapport de son propre Joint Research Center, qui a démontré que l’interdiction avait été un échec et que c’était même nocif pour les abeilles.

Cette mascarade réglementaire et scientifique dans l’UE aura des conséquences considérables. Elle alimentera les activistes de la communauté environnementale en Europe et dans le monde entier. Ces derniers doivent se frotter, car ils savent maintenant une chose. Qu’on peut désormais manipuler des évaluations scientifiques si on possède un poids politique suffisant.

La réglementation scientifique en Europe est en voie d’extinction

Mais le pire aspect de cet abandon de principe pour opportunisme politique est qu’il mine la légitimité de la méthode scientifique, du moins telle qu’elle est pratiquée dans l’Europe moderne. Cela vaut pour la communauté scientifique au sens large ainsi que pour les scientifiques de la réglementation de l’EFSA spécifiquement impliqués dans ce processus. Le problème des néonicotinoïdes est dans le débat public depuis 5 ans. Les faits sont à la disposition de tout scientifique, éditeur ou journaliste d’une revue scientifique ou de tout décideur politique qui se soucie d’être informé. Mais tout le monde a suivi la mascarade.

Nous savons d’après la propre étude de la Commission européenne, mentionnée plus haut, que les abeilles sont l’une des principales victimes de cette interdiction. Mais les abeilles sont solides et elles survivront. Mais c’est le processus d’élaboration des politiques de l’UE qui est en difficulté et l’intégrité des scientifiques européens qui est menacée d’extinction.

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Houssen Moshinaly

Rédacteur web depuis 2009 et blogueur dans la vulgarisation scientifique.

Depuis plusieurs années, la science est attaquée de tous les cotés. Les vaccins, les pesticides, les OGM, mais également sur le plan de la politique. Marre d'entendre des âneries sur les médias de masse, j'ai décidé de lancer ce blog pour critiquer tous ces attaques incessantes sur la science. Je parle de l'agriculture comme des lois liberticides ou des pseudosciences.

Je ne prétend pas être un expert dans les domaines et considérez plutôt mes articles comme une opinion éclairée, mais personnelle sur des sujets qui sont souvent assombris par les marchands de peur et la pseudoscience. Mon ton peut être cassant et tranchant, car cette plume canalise une colère souvent justifiée.

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