Permaculture ou Permanaque ?

La permaculture connait une popularité croissante, mais il y a plusieurs problèmes, notamment le manque cruel d’études scientifiques sur le sujet et l’esclavage moderne qui en découle par des concepts tels que le WWOOFing.


La permaculture connait une popularité croissante, mais il y a plusieurs problèmes, notamment le manque cruel d'études scientifiques sur le sujet et l'esclavage moderne qui en découle par des concepts tels que le WWOOFing.

Qu’est-ce que c’est la permaculture  ? Un mouvement anti-capitalisme et de décroissance, une révolution verte ou une arnaque qui ne dit pas son nom. La permaculture peut avoir de bons cotés, mais clairement, il y a beaucoup de pommes pourries dans l’arbre. Inventé par David Holmgren à la fin des années 1970, la permaculture est définit par Holmgren de la façon suivante :

Des paysages spécialement conçus pour imiter les modèles et les relations trouvés dans la nature, tout en fournissant une abondance de nourriture, de fibres et d’énergie pour satisfaire aux besoins locaux. Les gens, leurs bâtiments et les façons dont ils s’organisent eux-mêmes sont au cœur de la permaculture. Ainsi, la vision permaculturiste d’une agriculture permanente ou durable a évolué vers celle d’une culture permanente ou durable.

Quel base scientifique pour la permaculture ?

Faites des recherches sur Google sur la permaculture et vous trouverez des centaines de livres, de sites, de DVD et de mouvements participatifs. Faites la même recherche sur Google Scholar et le résultat est désertique. J’ai halluciné de voir le manque d’études scientifiques sur la permaculture alors que je pensais qu’il y aura des centaines de recherches qui refléterait la bulle qu’on voit sur le web normal. Il y en a bien quelques unes ici et , mais les revues où elles sont publié sont très moisies et qu’il n’y pas de mesure d’impact réel comme on le ferait avec l’agri bio ou conventionnel à grande échelle et sur le long terme.

On pourrait croire que la permaculture est associé avec l’agroécologie dont la définition  est : L’agroécologie est une science qui se penche sur l’agriculture en tant qu’écosystème complet qui doit être durable, et qui ne fait pas de distinction arbitraire entre le naturel et le synthétique ; donc, en théorie, l’agroécologie ne devrait avoir aucun problème avec l’utilisation de tous les éléments de la boîte à outils de la biotechnologie, y compris les OGM et les pesticides et engrais de synthèse s’ils contribuent à une production durable.

Et le problème est que les partisans de la permaculture sont contre l’agriculture conventionnelle, contre les pesticides, contre les OGM, contre tout processus qui impacterait l’environnement. De plus, l’agroécologie semble s’en foutre complètement de la permaculture, car il y a beaucoup d’études sur l’agroécologie, mais les scientifiques ignorent la permaculture, car qui irait faire des études scientifiques sur le jardinage...

Des fermes de permaculture loin d’être autonomes

Je vous recommande vraiment de lire un article de 2016 intitulé Permaculture: Our ecological future or unsustainable hobby for exurban agroecological activists ? avec une version française qui est disponible chez le blog de Seppi. Dans cet article, l’auteur a profité d’une année sabbatique pour visiter la ferme Melliodora, située en Australie, qui appartient à  David Holmgren, l’inventeur de la permaculture qui propose des visites guidées. On ne peut pas critiquer Holmgren pour son mode de vie qui semble sain, mais c’est un mode de vie qui ne pourrait jamais répondre à un créneau idiosyncratique que pour des gens qui sont prêts à consacrer de longues heures à des travaux sans fin sur la ferme, à la mise en conserve et aux autres modes de conservation des produits pendant les brèves périodes de production.

L’une des remarques que j’entends souvent sur la permaculture est que cela permet d’être autonome sur le plan alimentaire. Cela implique des fermes autonomes qui doivent générer de l’argent par leurs produits agricoles. Rien de tout ça chez Melliodora, car le couple Holmgren gagne surtout sa vie avec les visites guidées et que la plupart des travaux de sa ferme de permaculture sont réalisés par des volontaires du mouvement WWOOFING. Et quand j’ai lu le concept du WWOOFING, j’ai failli tomber par terre quand je vois qu’il y a des cons aussi intenses dans notre société.

Le WWOOFING, l’esclavagisme, mais bio !

Pour certains, le WWOOFing peut devenir assez cauchemardesque

Pour certains, le WWOOFing peut devenir assez cauchemardesque

Le WWOOFING (Willing Workers On Organic Farms) est un mouvement mondial lancé dans les années 1970 qui met en relation les fermiers bio et des volontaires autour du globe, selon le site officiel, le WWOOF est :

Un mouvement mondial qui met en relation des volontaires avec des agriculteurs et des producteurs biologiques pour promouvoir des expériences culturelles et éducatives basées sur la confiance et les échanges non monétaires, contribuant ainsi à construire une communauté mondiale durable.

En tant que bénévole (ou WWOOFer comme nous les appelons), vous vivrez aux côtés de votre hôte en aidant les tâches quotidiennes et en faisant l’expérience de la vie en tant qu’agriculteur.

En tant que ferme hôte, vous ouvrirez votre maison pour recevoir des visiteurs de votre pays ou de l’étranger qui veulent se connecter à la terre et soutenir le mouvement biologique.

En termes clairs, vous venez bosser pour nous gratos pour qu’on puisse continuer à prétendre que la permaculture et le bio sont des trucs ultra-cooooool qui peuvent nourrir la planète. Un bon concept, mais qui a quelques problèmes éthiques, car il y a quelques siècles, on le connaissait sous le nom d’esclavagisme. Et c’est ça qui est énorme avec le mouvement WWOOF, car il déplace simplement la charge du travail vers des mains bénévoles en faisant croire que ça marche.

Sur les blogs de Mediapart, Jihane Bergaoui montre les réalités du WWOOFing et ça fait froid dans le dos. Des travaux pénibles, des conditions de vie proches des galériens, le WWOOFing devient très compliqué à défendre. Dans un autre article, une personne nommée Martina Žoldoš nous raconte que son expérience de WOOFFing était un cauchemar en sachant que le site n’est pas financé par Monsanto comme le mien…, mais c’est un site de voyage et de volontariat à travers le monde. Martina nous dit tranquillement :

J’ai été émerveillée par le paysage au moment où je suis arrivé au ranch. Des fleurs exotiques en fleurs, des animaux sauvages se déplaçant librement et des arbres fruitiers chargés de papayes et de bananes prêtes à être récoltées, c’était un vrai baume pour mes yeux. Ayant pour mission de devenir entièrement autosuffisant, le ranch recyclait l’huile usagée de la cuisine en savon et en détergent à lessive, transformait les déchets animaux en gaz méthane utilisé pour la cuisson et produisait de l’électricité à l’aide de deux générateurs hydroélectriques sur place. L’énorme jardin était plein de laitue bio, de tomates, de chou et d’autres légumes. Tout semblait parfait.

Mais quand on m’a montré ma chambre, cette image de perfection a commencé à disparaître. Pour le mois suivant, j’ai dormi dans une cabine en bois sur un matelas moisi avec un oreiller qui me donnait un mal de gorge constant et de la toux, qui ne disparurent qu’après mon départ du ranch. J’ai dû prendre une douche avec de l’eau glacée alors que les températures extérieures atteignaient 10 degrés Celsius. Au lieu d’en apprendre davantage sur l’agriculture biologique, comme promu sur WWOOF et les sites Web du ranch, on m’a ordonné de faire le même travail monotone jour après jour qui était d’arracher les mauvaises herbes. Après avoir terminé mon quart de travail de six heures, je n’ai surtout rien fait. Les vélos qui étaient disponibles pour l’exploration devaient être louée et pour un coût ridiculement élevé. Le village le plus proche était à au moins 5 km. C’était comme une prison.

Le biobobo dans son appart cossus pourrait dire en lisant cet extrait : Ouais, mais c’est un cas minoritaire, car généralement, ça se passe très bien. Sauf que l’article parle aussi des expériences d’autres volontaires et c’est loin d’être Tistou les pouces verts. D’autres voyageurs rapportent des cas similaires.

AND Magazine prend l’approche humoristique sur le fait qu’il vaut mieux que les jeunes occidentaux aillent bosser dans les fermes plutôt que d’aller se battre pour Daesh. Il est aussi étonnant qu’il y a très peu de noirs dans le mouvement WWOFF. Je pense que quand on leur propose ce type de boulot, les blacks auront tendance à répondre : Désolé, mec, on a déjà donné pendant quelques siècles dans les plantations de coton, mais vas-y, fais toi plaize.

Une utilité pour la permaculture ?

Les partisans, toujours plus acharnés, vont dire que la permaculture n’a pas vocation à être globalisé, car son principe est de se battre contre la production de masse. D’accord, mais dans ce cas, ne dites pas que c’est la permaculture (déjà, c’est rarement permanent et c’est loin d’être une culture). C’est juste du jardinage en respectant des normes militantes sans aucune base scientifique.

Et le WWOOF permet simplement à des citadins névrosés dans mon genre de déplacer leur passion du jardinage de quelques heures par semaine dans une colonie de vacances dont le loyer et la bouffe sont payé par votre sueur. De plus, la permaculture est souvent utilisé par les survivalistes et dans ce cas, c’est une mentalité égoïste, car sans l’esclavage volontaire et les techniques agricoles modernes, on ne pourra jamais l’étendre au delà des besoins individuels.

J’ai coutume dire que l’agriculture part de l’Agora Culture pour une culture pour le peuple ou les autres. Même s’il existe des cultures pour des besoins strictement familiaux, on ne peut pas l’utiliser dans un monde aussi complexe que le notre.

C’est bien de faire du jardinage et d’en tirer de la bouffe, mais c’est un mensonge que de dire que cela va changer quoi que ce soit aux problèmes actuels de l’agriculture. Sur bien des points, la permaculture est la championne de l’appel à la nature, mais la nature n’est pas au service de l’humain, c’est à nous de la transformer pour qu’elle nous donne ce dont on a besoin aux meilleurs coûts financiers et environnementaux possibles.

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Houssen Moshinaly

Rédacteur web depuis 2009 et blogueur dans la vulgarisation scientifique.

Depuis plusieurs années, la science est attaquée de tous les cotés. Les vaccins, les pesticides, les OGM, mais également sur le plan de la politique. Marre d'entendre des âneries sur les médias de masse, j'ai décidé de lancer ce blog pour critiquer tous ces attaques incessantes sur la science. Je parle de l'agriculture comme des lois liberticides ou des pseudosciences.

Je ne prétend pas être un expert dans les domaines et considérez plutôt mes articles comme une opinion éclairée, mais personnelle sur des sujets qui sont souvent assombris par les marchands de peur et la pseudoscience. Mon ton peut être cassant et tranchant, car cette plume canalise une colère souvent justifiée.

Pour me contacter personnellement :

3 réponses

  1. Damien dit :

    Article à “charge” qui cite également très peu ces sources, oui il peu y avoir des abus, c’est évident.

    La Permaculture est une belle chose, il y a eu des études au Bec-Hellouin en Normandie, et on retrouve des études via le réseau des fermes d’avenir sur les micro-fermes en Permaculture / Maraichage bio Intensif.
    La ferme des rufaux est aussi un bel exemple de réussite.

    Autour de ce sujet, on rencontre beaucoup de “belles” personnes, qui veulent manger sainement et préserver notre belle nature, des particuliers, et des maraichers “nouveaux” qui s’endettent peu, et utilisent de très nombreuses techniques , il y a aussi beaucoup d’expérimentations car ce qui fonctionne en australie ne fonctionne pas forcément partout. Il faut adapter au lieu, beaucoup observer.

    Des personnes comme Joseph Chauffrey démontrent également bien qu’on peut rendre productives de petites surfaces pour soit même.

    Plus récemment, le Mooc des colibris sur le sujet , bien construit, à permis de démocratiser quelque peu ceci auprès des intéressés.

    Dans les techniques qui fonctionnent bien :

    – le paillage ( préservation humidité , protection du sol )
    – les buttes autofertiles
    – le compagnonage des plantes
    – les purins
    etc …

    La permaculture ne se limite pas au “jardinage” même si c’est souvent apparenté, ” prendre soin des hommes, prendre soin de la terre / nature, partager équitablement ” résument bien le mouvement.

    Un ensemble de micro-fermes répandues sur le territoire, fournissant localement les municipalités et les habitants ont un grand intérêt et seraient générateurs d’emplois.

  2. remi dit :

    Désolé de vous contre dire mais les bases scientifiques de la permaculture existent bien sauf que bien évidemment personne en parle. La science des systèmes “cybernétique ” y est pour beaucoup et c’est pas tout récent ça date des années 70. D’un point de vue philosophique il s’agit du structuralisme et du constructivisme. Quant à sa viabilité peu d’études effectivement puisque de toute façon ça arrange personne même si l inra vient de se pencher sur la question. Pour le woofing il y a de tout, des bonnes et mauvaises expériences. Comparer cela a de l’esclavagisme c’est oublier que le partage, l’échange sont d’autre moyens de rétribution que l’argent et heureusement que ça existe encore.

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