Est-ce que les femmes au foyer sont plus dépressives que la moyenne

On a cette idée qui circule depuis longtemps que les femmes au foyer souffrent davantage de la dépression que la moyenne et que cela provoque l’épidémie d’oxycodone. Mais la littérature scientifique nous donne une réponse  nuancée.


On a cette idée qui circule depuis longtemps que les femmes au foyer souffrent davantage de la dépression que la moyenne et que cela provoque l'épidémie d'oxycodone. Mais la littérature scientifique nous donne une réponse  nuancée.

Que ce soit dans les médias, les films et les séries, on a souvent cette idée qui circule que les femmes au foyer sont plus dépressives que la moyenne à cause de leur condition familiale. Notons qu’il y a des études qui semblaient le montrer, mais elles datent des années 1970 dans une époque où la femme ne connaissait pas encore le monde industrialisé. L’hypothèse était que dans un monde industrialisé, l’homme avait 2 sources de satisfaction (son travail et sa famille) tandis que la femme n’avait que la famille. Ce désœuvrement aurait provoqué une hausse des maladies mentales chez la femme au foyer. Cette hypothèse a duré pas mal d’année, mais des études, toujours dans les années 1970, montre que c’est plus nuancé.

Des critères multiples pour la dépression chez la femme au foyer

Ainsi, on apprend que le niveau de dépression est plus élevé chez la femme et que chez les hommes, l’incidence de maladies mentales semble baisser. Cependant, la dépression était plus élevé chez la femme que l’homme même si les deux travaillaient. Cette hausse n’était pas importante et on a même suggéré que même lors que la femme et l’homme travaillent, la femme possède plus de tâches ménagères après le travail. Malheureusement, cela ne concorde avec les résultats de l’étude qui montre, malgré une charge de travail domestique élevée, la dépression n’est pas proportionnelle (ce n’est pas plus élevé par rapport aux femmes qui ne bossent pas).

Dans une étude des années 1980, on peut voir que la dépression chez les femmes au foyer semble plus élevé, mais c’est lié aux conditions spécifiques du mariage. On peut citer notamment la mauvaise situation financière du couple, mais surtout la présence des enfants. Pour un couple marié sans enfants, la dépression était beaucoup moins importantes par rapport aux mères. Cela suggère que les femmes au foyer, avec enfants, passent une plus grande partie de leur vie active, à élever les gosses ce qui peut pénaliser l’estime de soi et occasionner des troubles mentaux comme la dépression. Cela suggère également que la société doit radicalement changer sa perception sur la femme au foyer, dont certains considèrent que ce n’est pas un vrai métier. Mais la situation des femmes au foyer n’a cessé de changer des années 1970 aux années 1980.

L’épidémie d’oxycodone de la femme au foyer

L’oxycodone est un antalgique assez puissant qu’on a surnommé l’héroïne des femmes aux foyer. Le postulat vient des diagnostics précédents. La femme au foyer souffre plus de dépression que les travailleuses et donc, elles ont tendance à abuser des médicaments comme l’oxycodone. Mais on a vu que l’image de la femme au foyer dépression est loin d’être homogène, alors est-ce que les médias ont encore raconté n’importe quoi ? Et la réponse est évidemment oui.

Ce n’est pas que les femmes au foyer se précipitent vers l’oxycodone et d’autres médicaments parce qu’elles sont misérables dans leur  vie, car le problème est le système médical américain, qui dans le jargon scientifique, pourrait être qualifié de gros tas de merde ! A partir des années 1970, le système médical américain a subi plusieurs changements majeurs, notamment avec les compagnies d’assurances privées. Dans le même temps, le gouvernement a supprimé plusieurs services de base et de nombreuses personnes, qui obtenaient leurs médoc sous ordonnances, se sont retrouvé le bec dans l’eau.

Cette dérégulation du système médical a incité les personnes à se tourner vers le marché noir pour se procurer les médocs.  Et on doit également noter la légèreté absolue des médecins qui prescrivaient des antalgiques comme l’oxycodone comme des Smarties. Un support médical inexistant et des ordonnances très flexibles, de superbes ingrédients pour une épidémie des opiacés. Les proches et les amis détectent rarement le comportement de toxicomanie de la personne et cela ne fait qu’empirer les choses. Une majorité des personnes, souffrant de toxicomanie, sont passé à des drogues plus dures via des ordonnances de médicaments.

On pourrait croire que les médecins américains sont totalement inconscients, mais avant de leur jeter la pierre, il faut également regarder la FDA qui est l’autorité qui régule les médicaments. Le problème est que pendant des années, cette organisation a été très négligente sur l’étiquetage des médicaments. Ainsi quel que soit la puissance de l’antalgique, la FDA autorise à le prescrire pour une douleur modérée jusqu’à sévère. Et donc, même pour des petites douleurs, gérables par l’aspirine, le médecin peut prescrire de l’oxycodone ou de la vicodine.

Oh ! La pauvre femme blanche au foyer dépressive

En passant en revue la littérature scientifique, je suis tombé sur une étude très intéressante qui montre la couverture médiatique entre les femmes blanches qui prennent de l’héroine, de l’oxy ou d’autres drogues et les communautés latinos ou noires. Ainsi pour les quartiers, habités par des blanches, les médias ont toujours utilisé une couverture plus sympathique et compatissante et pour les quartiers, principalement black ou latino, c’est la course à la criminalisation afin de les comparer à des cartel de drogue qui ne méritent aucune pitié alors que c’est la même putain de crise des médicaments et des opiacés.

Donc, la prochaine fois que quelqu’un vous demande si une femme au foyer est plus dépressive que la moyenne, vous pourrez lui répondre : C’est compliqué.

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Houssen Moshinaly

Rédacteur web depuis 2009 et blogueur dans la vulgarisation scientifique.

Depuis plusieurs années, la science est attaquée de tous les cotés. Les vaccins, les pesticides, les OGM, mais également sur le plan de la politique. Marre d'entendre des âneries sur les médias de masse, j'ai décidé de lancer ce blog pour critiquer tous ces attaques incessantes sur la science. Je parle de l'agriculture comme des lois liberticides ou des pseudosciences.

Je ne prétend pas être un expert dans les domaines et considérez plutôt mes articles comme une opinion éclairée, mais personnelle sur des sujets qui sont souvent assombris par les marchands de peur et la pseudoscience. Mon ton peut être cassant et tranchant, car cette plume canalise une colère souvent justifiée.

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