Mythes et propagandes sur les perturbateurs endocriniens

Les perturbateurs endocriniens ont bénéficié d’un tel battage médiatique ces dernières années qu’on les voit nous encerclant pour nous rendre crétin et stérile en provoquant aussi des dizaines de cancers au passage. Mais quand on fouille le sujet, on se rend compte que les perturbateurs endocriniens sont un sujet très complexe et que leur dangerosité reste une question ouverte.


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Sommaire

Introduction au système endocrinien et aux perturbateurs endocriniens

Le système endocrinien est le réseau de glandes de notre corps qui produit des hormones. Ces hormones contrôlent quasiment chaque aspect du fonctionnement de notre corps. Cela va de notre comportement sexuel jusqu’à notre état émotionnel et rien que cette constatation devrait nous faire réfléchir. Le système endocrinien est d’une complexité inouïe que le fait d’attribuer un trouble ou une dérégulation sans des études approfondies sans exclure le rôle de chaque hormone et des facteurs externes est très difficile.

Fonctionnement basique du système endocrinien

Les principales glandes du système endocrinien sont l’hypothalamus, l’hypophyse, la thyroïde, les parathyroïdes, le corps pinéal et les organes reproductifs (ovaires et testicules). Le pancréas fait également partie du système endocrinien, car il joue un rôle dans la production d’hormones ainsi que la digestion.

Le système endocrinien Crédit : https://sites.google.com/site/obenscience7e/unit-3-nervous-and-endocrine-systems/the-endocrine-system

Le système endocrinien Crédit : https://sites.google.com/site/obenscience7e/unit-3-nervous-and-endocrine-systems/the-endocrine-system

Le système endocrinien est régulé par un système de feedback de la même manière qu’un thermostat régule la température d’une chambre. Par exemple pour les hormones régulées par la glande de l’hypophyse, un signal est envoyé depuis l’hypothalamus à l’hypophyse sous la forme d’une hormone libératrice qui stimule l’hypophyse qui va sécréter une hormone stimulante dans la circulation. L’hormone stimulante signale ensuite la glande ciblée de sécréter son hormone.

Le système endocrinien et son rôle dans la production des différentes hormones - Crédit : https://ramneetkaur.com/endocrine-system-mnemonic/

Le système endocrinien et son rôle dans la production des différentes hormones – Crédit : https://ramneetkaur.com/endocrine-system-mnemonic/

À mesure que le niveau de cette hormone augmente dans la circulation, l’hypothalamus et l’hypophyse arrête la sécrétion de l’hormone libératrice et stimulante qui, à son tour, ralentit la sécrétion de la glande ciblée. Ce système permet de stabiliser les concentrations des hormones qui sont régulées par l’hypophyse.

Qu’est-ce que les perturbateurs endocriniens ?

Le terme de perturbateur endocrinien indique certaines substances qui ont des effets négatifs sur certaines espèces en interférant avec le fonctionnement de leurs hormones. Les hormones sont des substances, naturellement produites par le corps en faisant partie du système endocrinien. Les hormones fonctionnent comme un messager chimique qui permet de contrôler une variété de processus allant de la reproduction jusqu’à l’immunité en passant par le métabolisme et le comportement.

Est-ce que les perturbateurs endocriniens sont dangereux pour votre santé ?

La question reste ouverte. Pour le moment, la communauté scientifique n’arrive pas à trancher sur le danger présumé des perturbateurs endocriniens. On sait qu’ils ont des effets néfastes, mais comme d’habitude, la question du dosage et de l’exposition du risque est cruciale, une question qui est pourtant occultée par les marchands de peur qui considèrent un danger systématique des perturbateurs endocriniens. Et même le dosage n’est pas une mesure précise.

Étant donné la complexité du système endocrinien, il peut être facile, et politiquement correct et écologiquement militant, d’accuser les perturbateurs endocriniens des troubles tels que l’obésité ou le cancer du sein.

Une preuve de nocivité très faible

Sur un plan purement théorique et une fois qu’on comprend le fonctionnement des perturbateurs endocriniens, on pourrait penser qu’ils sont suffisamment dangereux. Mais c’est également le cas de nombreuses substances, car c’est le niveau d’exposition qui est le plus important. Et au niveau d’exposition dans le monde réel, il y a très peu de preuves pour que ces perturbateurs endocriniens affectent le système endocrinien.

Le problème est que le perturbateur endocrinien est le coupable idéal alors qu’on doit comprendre une maladie par des causes aussi nuancées que multiples. Par exemple, certains attribuent l’augmentation de l’obésité à cause des perturbateurs endocriniens. Mais cette explication est simpliste à la limite de la malhonnêteté, car l’alimentation et la sédentarité sont des facteurs beaucoup plus décisifs sur l’obésité.

Un peu plus bas, on parlera plus en détail des principaux coupables sur la perturbation endocrinienne comme l’affaire du Bisphénol A ou encore la fameuse baisse du sperme et de la fécondité et on verra que ces coupables sont davantage des boucs-émissaires.

La dose totale n’est pas un critère pertinent

En général en toxicologie, on peut parler de l’exposition totale. Par exemple, on pourrait dire qu’une certaine exposition à de l’air pollué peut vous donner des maladies respiratoires. Mais on ne peut pas faire ce type de causalité avec les perturbateurs endocriniens à cause de la complexité du système.

Par exemple, certains perturbateurs endocriniens imitent des hormones particulières tandis que d’autres perturbateurs vont bloquer l’action des mêmes hormones ce qui fait que les deux s’annulent. Ce qui est catastrophique avec les marchands de peur est qu’ils répètent constamment que les perturbateurs endocriniens proviennent principalement des pesticides ou des substances de synthèse.

En fait, il y a énormément de perturbateurs endocriniens qui existent dans la nature et qui nous affectent. Parmi les sources naturelles de perturbateurs endocriniens, on a l’eau, l’air, le sol, mais également les phytoestrogène qui sont présents dans des plantes telles que les fruits, les légumes, les haricots et certaines herbes. Mais entre l’effet de ces perturbateurs endocriniens et l’impact réel, pouvant occasionner des troubles chez les humains, le fossé est trop grand pour qu’on franchisse le pas, car on risquerait de tomber dans le discours anxiogène des écolos militants.

Les perturbateurs endocriniens et la baisse du sperme et de la fécondité

Le sperme, un sujet qui peut partir sur des blagues salaces ou provoquer des mines terrifiées ou inquiètes si on commence à dire que la quantité du sperme décline dans le monde. Au cours de 60 dernières années, le déclin du sperme au niveau mondial a fait l’objet de plusieurs dizaines d’études et les résultats sont pour le moins ambigus. Dans certains cas, il n’y a aucune baisse du sperme, dans d’autres, on a une baisse drastique montrant des Homo Sapiens totalement stériles à l’aube du 22e siècle et enfin, dans d’autres études, on a des résultats mitigés qui montre une baisse ou une hausse selon l’angle où on se place.

Au cours des 10 dernières années, des études ont quand même pointé sur une baisse du sperme et qui a été abondamment relayé par les médias de passe et les marchands de peur. Criant comme le fou dans Tintin à la fin du monde, on avait trouvé le coupable avec les perturbateurs endocriniens. A très hautes doses, on peut penser que les perturbateurs endocriniens pourraient jouer sur certains troubles (et non le déclin du sperme), mais de là à dire qu’ils vont provoquer une Armageddon de la Stérilité est un pas qu’il ne faut surtout pas franchir. Les résultats des études sont mitigés, car les méthodologies sont souvent pourries avec des échantillons assez biaisés de personnes et aucune analyse n’a pris la peine de regarder le déclin sur de longues périodes de temps.

Dans le pire des cas, le déclin du sperme est un phénomène hyperlocal dont on ignore la cause, mais on ne doit pas inventer des coupables imaginaires parce que pour le moment, la science a dû mal à répondre à cette question. Le principal problème est que…

Le sperme, c’est compliqué

Évidemment, si vous voulez mesurer la quantité du sperme, il faut du sperme, c’est du bon sens. Mais cette question n’a pas encore été résolu malgré les décennies de progrès dans la matière. Pour une raison simple, l’obtention du sperme dans les échantillons scientifiques est un défi de taille pour la logistique.

On obtient principalement du sperme avec la masturbation et autant vous dire que c’est compliqué d’avoir du sperme qui représente toute la population dans son ensemble. Et c’est là le hic, car si vous n’avez pas de sperme représentatif, alors votre hypothèse de base est biaisée et tous les résultats qui en découlent proviennent d’une méthodologie incorrecte dans le meilleur des cas et totalement faussée dans le pire.

Des échantillons de sperme totalement biaisés

En effet, vous pouvez obtenir facilement le sang, l’urine ou les matières fécales. Il y a les centres de dons du sang, les analyses sanguines, les laboratoires et au fil du temps, on peut avoir de grandes quantités de sang et d’urine qui permettent d’étudier l’évolution de ces substances au fil des décennies. Mais il y a très peu de cas médicaux ou scientifiques où le don de sperme est banalisé. Pour que le sperme soit représentatif, il faudrait un centre qui le collecte sans aucun biais pendant des décennies et qui couvre la population mondiale (en tout cas, l’Occident puisque c’est la région où la narration de la baisse du sperme est la plus médiatisée). Mais vous pouvez chercher, un tel centre n’existe et n’existera probablement pas de sitôt.

Une alternative à ce type de collecte globale serait une analyse d’une population d’hommes assignés aléatoirement qu’on sélectionnerait par cohorte de naissance, mais là encore, on n’a rien de comparable. Vous pouvez trouver des centaines d’études sur la baisse du sperme, et même sans les lire, je peux vous garantir qu’ils ont obtenu leur sperme par l’un des échantillons suivants :

  • Les banques de dons de sperme
  • Une évaluation clinique pour la stérilité masculine
  • Une évaluation pour une prévasectomie
  • Une évaluation pour la stérilité dans un couple
  • Des dons pour des fécondations in vitro

Vous voyez immédiatement le problème… Si vous prenez des échantillons de sperme provenant d’une clinique traitant la stérilité, cela signifie que ces hommes ont déjà un problème de stérilité à la base (c’est même pour ça que leur généraliste les a recommandés pour ce type de clinique). Pour la banque de dons de sperme, cette dernière est souvent très sélective sur la qualité du sperme et donc, c’est encore biaisé. Toutes les sources du sperme proviennent de traitement pour la fécondité in vitro ou pour trouver la cause d’une stérilité. Cela signifie que dès la base, le sperme collecté est défectueux. Et si vous basez toutes vos études sur ces échantillons biaisés, alors il est normal de trouver un déclin du sperme.

Ces échantillons biaisés nous amènent à une question encore plus fondamentale. C’est quoi un sperme normal ? Tant qu’on n’a pas des sources représentatives, on peut se perdre dans des conjectures infinies et atterrir chez les perturbateurs endocriniens, car il faut bien trouver une cause à un problème qui terrifie de nombreux hommes.

Le sperme, ça change

Et même si vous trouvez une source de sperme représentative de la population, la qualité du sperme est très variable. Par exemple, l’abstinence peut provoquer une augmentation du sperme. Et cette abstinence n’est pas forcément religieuse, un individu âgé ou atteint d’une certaine maladie n’aura pas la même propension à la masturbation ou à l’activité sexuelle. De ce fait, le sperme sera très variable pour le même individu en fonction de son âge et ses antécédents médicaux. Une analyse de 1 200 personnes aux Etats-Unis n’a montré aucun déclin global de sperme, mais il y avait des différences locales.

Ensuite, on a la température scrotale. Les cellules Sertoli, qui sont présentes les testicules, doivent avoir une température légèrement inférieure à celle du corps pour fonctionner correctement. Si la température augmente ou baisse drastiquement, même pendant une courte période de temps, alors on voit une baisse de la qualité du sperme. Par exemple, une fièvre ou un environnement de travail à des températures élevées peuvent affecter le sperme. Le sperme va également fluctuer pendant les saisons. Le tabagisme réduit la qualité du sperme de 13 à 17 %.

On doit également tenir compte des différences géographiques. On ignore pourquoi, mais certaines régions ont un déclin du sperme par rapport à d’autres. Donc, on peut dire que les études sur le déclin du sperme sont faussées par 3 principaux biais :

  • Un échantillon de sperme non représentatif
  • L’incapacité à ne pas prendre en compte la variation du sperme selon l’âge ou les antécédents médicaux
  • Des différences géographiques

L’arrivée providentielle du perturbateur endocrinien, tueur de sperme

Le 12 septembre 1992, une date fatidique et majeure pour nos perturbateurs endocriniens. En ce jour funeste, Élisabeth Carlsen et 2 de ses collègues à l’université de Copenhague ont publié une étude dans la revue BMJ (British Medical Journal) qui prétendait montrer une baisse de la quantité du sperme depuis 50 ans. Avant cette étude de 1992, la plupart des études, montrant un déclin du sperme, concernaient des petits échantillons et une étude de grande portée aux États-Unis n’avait trouvé aucun déclin sur le sperme pendant une décennie (1966 à 1977).

L’étude de Carlsen a provoqué un véritable cataclysme pour deux raisons. C’était une méta-analyse comprenant 61 études qui montraient une baisse de 50 % et du sperme, mais il y avait surtout cette phrase qui prétendait expliquer la cause du déclin:

compounds with estrogen-like activity or other environmental or endogenous factors (composés à activité œstrogénique ou autres facteurs environnementaux ou endogènes).

Une demi-phrase qui s’est répandue comme un incendie de forêt dans tous les médias et le perturbateur endocrinien venait d’entrer de manière fracassante dans le podium des marchands de peur et des études moisies pendant des décennies jusqu’à aujourd’hui. Cette étude était majeure par rapport à ses résultats, mais on doit toujours se souvenir du contexte de l’époque.

À partir des années 1980 et 1990, on commençait à parler du danger de certains herbicides et pesticides et l’agriculture commençait déjà être pointé du doigt. Une étude qui pointait une baisse de 50 % du sperme avec les perturbateurs endocriniens comme principale cause ? Du pain béni pour les marchands de peur, les ONG et les médias. Mais cette étude est pourrie jusqu’à la moelle.

Vous pourriez vous demander, mais qu’est-ce qu’ils foutaient les autres scientifiques pour laisser passer un tel torchon ? Vous savez qu’il y a plus de 3 000 études qui ne montrent aucun effet négatif du glyphosate sur la santé et maintenant, lisez les médias de masse concernant le glyphosate et vous aurez la réponse. Dans les semaines et mois qui ont suivi, la communauté scientifique a réagi très vite pour démonter le papier de Carlsen point par point, mais le mal était déjà fait.

En 1999, une étude a montré que Carlsen n’avait pas pris en compte les différences géographiques, une réévaluation des données de Carlsen ne montrait aucun déclin. En 1994, une seconde étude montrait que dans sa méta-analyse, Carlsen avait inclus des études avec des échantillons trop insignifiants pour être significatif et qu’elle avait mélangé le tout pour avoir des résultats globaux totalement faussés.

En 1997, une troisième étude montrait que le déclin du sperme n’existait pas au niveau mondial, mais qu’il pouvait y avoir des causes locales. L’étude pointe aussi les nombreuses erreurs statistiques dans l’étude de Carlsen. En 1994, une étude a mesuré la quantité de sperme chez 300 personnes de 1971 à 1994, aucune baisse n’a été découverte. En 1996, une étude montrait de nombreux défauts dans l’analyse de Carlsen, notamment sur les 61 études incluses, car il y en avait 20 qui avait un échantillon de moins de 100 personnes et ces 20 études comprenaient 91 % de tous les hommes dans toute la méta-analyse. Le plus gros problème est qu’on avait une baisse considérable du sperme dans l’Etat de New York et comme Carlsen l’a pris en compte dans ses calculs de statistiques, alors on a eu une minorité de données qui a faussé les conclusions globales. Ci-dessous, le premier graphique est celui de l’étude de Carlsen tandis que le second est une réanalyse des données en tenant compte des facteurs géographiques.

Le graphique dans l'étude de Carlsen montrant un déclin considérable dans le sperme depuis 50 ans

Le graphique dans l’étude de Carlsen montrant un déclin considérable dans le sperme depuis 50 ans

 

La réanalyse des données de Carlsen et al ne montre aucune baisse du nombre de spermatozoïdes (ligne de régression bleue) lorsque les données de New York sont exclus. La taille de la bulle correspond au nombre d'hommes dans l'étude. (De Saidi J, Chang D, Goluboff E)

La réanalyse des données de Carlsen et al ne montre aucune baisse du nombre de spermatozoïdes (ligne de régression bleue) lorsque les données de New York sont exclus. La taille de la bulle correspond au nombre d’hommes dans l’étude. (De Saidi J, Chang D, Goluboff E)

Si aujourd’hui, quelqu’un devait faire une nouvelle méta-analyse de la quantité de sperme, il ne devrait jamais inclure le papier de Carlsen, car les erreurs méthodologiques et les erreurs statistiques sont systématiques et les conclusions sont trop exagérées et on peut dire que cette étude n’a aucune valeur scientifique.

Sur les études que j’ai citées, on voit que la communauté scientifique a réagi très rapidement en publiant des contre-analyses de 1994 à 1997, mais l’étude de Carlsen, par son potentiel anxiogène et le fait d’avoir trouvé le coupable idéal chez les perturbateurs endocriniens, a passé par dessus la communauté scientifique pour aller trouver une place glorieuse dans la narration des médias, des ONG et des marchands de peur. Tout ce que je viens de dire sur le déclin du sperme ne sort pas de mon chapeau, mais d’une excellente étude par Harry Fisch en 2008 qui montre les nombreuses erreurs d’interprétation quand on regarde le déclin du sperme. Le papier cite aussi plus de 16 études qui ne montrent quasiment aucun déclin du sperme dans de nombreux pays.

En 2017, une méta-analyse publiée dans Nature Urology montre quand même des déclins locaux allant de 12 à 30 %, mais encore fois, les erreurs mentionnées ci-dessus reviennent. Un petit échantillon, des différences géographiques, mais ce papier pose une question intéressante : Depuis quand le déclin du sperme est-il associé à la stérilité ? Dans la plupart des pays, les naissances restent stables et si en 1992, on avait une baisse de 50 % du sperme, en arguant le fait que cela implique la stérilité, alors on devrait voir un effondrement des naissances dans le monde entier, mais ce n’est pas le cas.

Certes, les familles ont moins d’enfants, mais c’est lié à la peur de l’avenir, aux incertitudes économiques, mais également au souhait de ne pas avoir d’enfants pour de nombreux couples. Et n’oublions pas qu’en 2002, de nombreux pays occidentaux ont implémenté le planning familial qui a eu un impact considérable sur les naissances.

Étant donné que le déclin du sperme est très localisé et il dépend de nombreux facteurs, il est évident que le perturbateur endocrinien n’a rien à voir dans ce déclin. La dose de ces perturbateurs endocriniens est trop faible pour provoquer quoi que ce soit, en tout, une baisse de la fécondité dans tous les pays.

Maintenant qu’on en a terminé avec le déclin du sperme et qu’on a innocenté le perturbateur endocrinien comme responsable de leur cause, on s’attaque ci-dessous au Bisphénol A.

Le Bisphénol A, le diable maléfique des perturbateurs endocriniens

S’il y a un méchant préféré des anti-perturbateurs endocriniens, c’est bien le Bisphénol A. Le Bisphénol A est un produit chimique qu’on utilise dans le plastique et les résines époxy. Dans le plastique, on l’utilise pour créer du polycarbonate, un type de plastique connu pour ses capacités thermiques, notamment sa résistance à une température de 120 degrés Celsius. L’histoire du BPA est assez intéressante, car elle montre l’émergence du plastique comme l’un des matériaux les plus utilisés dans le monde, mais également l’arrivée d’organisations qui ont commencé à accuser l’industrie du plastique pour ses dégâts sur l’environnement.

L’histoire du Bisphénol A

Le BPA a été synthétisé pour la première fois par Aleksandr Dianin, en 1891 un chimiste russe. Mais il a fallu attendre 1905 pour que la substance soit cité pour la première dans la littérature scientifique dans un papier de Thomas Zincke de l’université de Marburg en Allemagne. Notons qu’il mentionne simplement le BPA sans recommander son utilisation, car on ignore encore son potentiel industriel. Il a donc fallu attendre les années 1950 et l’émergence de l’industrie du plastique.

Le Dr Hermann Schnell de Bayer a inventé la résine à base de polycarbonate en 1953 et c’était une semaine avant que le Dr Daniel Fox de l’ancienne entreprise GE Plastics (devenu aujourd’hui SABIC, une entreprise saoudienne de plastique) fasse la même découverte. Fox a fait la découverte quand il tentait de développer un nouveau matériau pour l’isolation des câbles. Fox et Schnell ont trouvé une substance gluante qui se durcissait dans un bécher. Après le durcissement, le matériau devenait si solide que les deux chercheurs ne pouvaient pas le casser malgré tous leurs efforts.

GE Plastics et Bayer ont déposé des brevets en 1955 et ils se sont mis d’accord que celui, qui aurait le brevet, donnerait une licence à l’autre et ainsi, les deux entreprises ont pu développer le polymère. Le principal matériau de polycarbonate est produit par la réaction du BPA et du phosgène. Contrairement à la plupart des plastiques, le polycarbonate peut supporter des déformations considérables sans risque de cassure.

L’origine de l’activité oestrogène du Bisphénol A

Des années 1950 jusqu’à 1990, l’industrie du plastique était florissante. L’ère du plastique a envahi chaque aspect de l’industrie et nos foyers par la même occasion. On a tellement produit de plastique qu’on estime qu’il caractérise la principale signature de l’ère industrielle. C’est-à-dire que si dans 10 000 ans, des archéologues (humanoïdes, zombies ou aliens) veulent découvrir l’espèce humaine qui a vécu des années 1900 jusqu’à 2100, alors ils chercheront du plastique pour nous trouver. Mais le plastique allait se retrouver dans le feu des projecteurs des alter-mondialistes et des anti-pesticides au début des années 1990 avec le Dr David Feldman, un médecin et professeur de l’université de Stanford qui a découvert l’activité oestrogène du Bisphénol A par accident.

Au début des années 1990, le Dr Feldman menait des études sur l’activité d’oestrogène. En 1992, Feldman et son équipe ont découvert ce qui ressemblait à une molécule d’oestrogène alors qu’ils cultivaient de la levure dans des flasques de plastique. Ils ont découvert que ce n’est pas la levure qui synthétisait l’oestrogène, mais qu’il s’infiltrait du plastique. L’équipe a effectué une expérience sans la levure dans la flasque et ils ont encore trouvé cette molécule oestrogénique qu’ils ont ensuite identifiée comme la BPA. Ils ont répété l’expérience avec des flasques en verre, mais ça provenait uniquement du Bisphénol A. Après leur découverte, Feldman a contacté l’entreprise GE Plastics, qui avait déjà mené d’expérience de fuite du plastique, mais avec leurs méthodes, ils ne pouvaient pas trouver l’activité oestrogénique.

Feldman a ensuite publié ses découvertes dans un papier le 1er juin 1993 dans la revue Endocrinology. Dès les premières découvertes et d’autres études qui ont suivi, les groupes militants ont pris le cheval du Bisphénol A, car cela coïncidait parfaitement avec l’étude d’Élisabeth Carlsen en 1992. Une baisse de la quantité du sperme et la découverte du Bisphénol A qui avait une activité oestrogène, c’était parti pour des décennies de bordel scientifique avec chaque camp qui se bat encore aujourd’hui.

Que dit la littérature scientifique sur le Bisphénol A

Elle dit beaucoup de choses et rien en particulier. A l’heure où j’écris ces lignes, on peut trouver 11 773 études avec la requête Bisphénol A et on peut parier que la moitié va trouver des effets négatifs et l’autre moitié va dire que les doses d’expositions sont acceptables. C’est le bordel absolu et la jungle, car certains vont utiliser l’approche épidémiologique, d’autres vont aller vers la toxicologie et enfin, il y a en également qui va privilégier une approche directement du danger, préféré des anti-perturbateurs endocriniens, car cela permet de diaboliser tous les PE sans aucune distinction. Je vais revenir sur quelques études, mais avant, que nous dit les principales agences de santé dans le monde ? Et on va voir qu’elles sont aussi mitigées.

Les avis des principales agences sanitaires sur le Bisphénol A

EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) – Europe

Selon son avis datant de 2015, la réévaluation complète par l’EFSA de l’exposition au bisphénol A (BPA) et de sa toxicité a permis de conclure qu’aux niveaux actuels d’exposition, le BPA ne présente pas de risque pour la santé des consommateurs de tous les groupes d’âge (y compris les enfants à naître, les nourrissons et les adolescents).

L’exposition par voie alimentaire ou par l’intermédiaire d’une combinaison d’autres sources (alimentation, poussière, cosmétiques et papier thermique) est considérablement inférieure au niveau sans danger (la dose journalière tolérable ou DJT).

La réévaluation complète par l’EFSA de l’exposition au bisphénol A (BPA) et de sa toxicité a permis de conclure qu’aux niveaux actuels d’exposition, le BPA ne présente pas de risque pour la santé des consommateurs de tous les groupes d’âge (y compris les enfants à naître, les nourrissons et les adolescents). L’exposition par voie alimentaire ou par l’intermédiaire d’une combinaison d’autres sources (alimentation, poussière, cosmétiques et papier thermique) est considérablement inférieure au niveau sans danger (la « dose journalière tolérable » ou DJT).

Bien que la disponibilité de nouvelles données et de méthodologies affinées aient conduit les experts de l’EFSA à réduire considérablement le niveau sans danger du BPA de 50 microgrammes par kilogramme de poids corporel par jour (µg/kg de pc/jour) à 4 µg/kg de pc/jour, les estimations les plus élevées de l’exposition alimentaire ou de l’exposition provenant d’une combinaison de sources diverses (appelée « exposition agrégée » dans l’avis scientifique de EFSA) sont malgré tout de trois à cinq fois inférieures à cette nouvelle DJT.

Donc en 2015, l’EFSA estime que le bisphénol A ne représente pas de risque majeur pour la santé. Notons au passage que sa DJA (Dose journalière admissible) est très faible à 0,04 ml/kg, alors que d’autres agences proposent une DJA plus élevée. Notons que l’EFSA va procéder à une nouvelle évaluation du Bisphénol A en 2018 pour des analyses qui dureront 2 ans. Mais il y a un petit problème est que l’analyse des données inclura le rapport CLARITY qui a été crée par le NIEHS (National Institute of Environmental Health Sciences) des USA, la FDA et la NPT (Programme national de toxicologie).

Pour ceux qui suivent l’actualité des militants anti-pesticides, le NIEHS doit faire grincer les dents. En effet, le NIEHS a été l’objet d’une enquête du Congrès parce que l’institut avait versé des millions de dollars à des associations et des instituts anti-pesticides, notamment le tristement célèbre institut Ramazzini qui publie souvent des études vraiment moisies sur le glyphosate. Et pour couronner le tout, Christopher Portier a travaillé au NIEHS pendant 32 ans. Oui, le mec qui a été payé pour classer le glyphosate comme cancérigène par le CIRC. Donc, le NIEHS qui a des liens avec Ramazzini et Portier, mes dents se sont cassées à force de grincement. Mais espérant que la présence de la FDA et du NTP permet de supprimer toutes les manipulations possibles sinon on va se retrouver avec la même situation que lorsque l’EFSA a banni les néonicotinoïdes.

ECHA (Agence européenne des produits chimiques) – Europe

Selon l’ECHA, Dans l’UE, le bisphénol A est classé en tant que substance ayant des effets toxiques sur notre capacité à nous reproduire. Tous les fabricants, importateurs ou fournisseurs de BPA doivent classer et étiqueter les mélanges contenant du BPA en tant que mélange toxique pour la reproduction, catégorie 1B, d’ici au 1er mars 2018. Cela signifie que les entreprises seront mieux informées sur les possibles effets dangereux du produit et sur la façon dont les travailleurs peuvent être protégés.

En janvier 2017, le bisphénol A a été ajouté à la liste des substances extrêmement préoccupantes (SVHC) candidates en raison de sa toxicité pour la reproduction. En juin 2017, le comité des États membres de l’ECHA s’est prononcé en faveur de la proposition de la France visant à qualifier le bisphénol A de substance extrêmement préoccupante également en raison de ses propriétés perturbant le système endocrinien. Ces dernières entraîneraient de graves répercussions sur la santé humaine, ce qui suscite un niveau de préoccupation équivalent à celui suscité par les substances cancérigènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction (CMR de catégorie 1A ou 1B). En janvier 2018, l’inscription du BPA à la liste des substances candidates a été mise à jour, comme le suggérait l’Allemagne, afin de refléter un motif supplémentaire justifiant son inclusion dans cette liste, à savoir ses propriétés perturbant le système endocrinien et entraînant des effets néfastes sur l’environnement.

Actuellement, une limite est fixée au sein de l’UE quant à la quantité de BPA qui peut être libérée par les jouets destinés aux enfants de trois ans ou moins et par tous les jouets destinés à être mis en bouche par les enfants. Cette limite de migration s’élève actuellement à 0,1 mg/l de BPA. Toutefois, une limite réduite à 0,04 mg/l s’appliquera à compter du 26 novembre 2018.

L’ECHA est un peu plus stricte avec des interdictions et des étiquettes obligatoires. Mais cet avis de l’ECHA (mars 2018) est plus récent que celui de l’EFSA.

ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) – France

L’Anses a identifié, en France, près d’une soixantaine de secteurs d’activité potentiellement utilisateurs de cette substance. L’Agence, sur la base de ses travaux portant sur l’étude des usages et l’expertise des effets sanitaires du BPA a recommandé dès septembre 2011, une réduction des expositions de la population, notamment par sa substitution dans les matériaux au contact des denrées alimentaires.

Ces recommandations ont été confirmées par l’expertise de l’Agence publiée en 2013. Depuis le 1er janvier 2015, l’usage du BPA est proscrit dans la composition des contenants alimentaires (biberons, bouteilles, conserves, etc.). Par ailleurs, depuis 2012, l’Anses a instruit plusieurs dossiers portant sur le BPA dans le cadre du règlement REACh et CLP auprès de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA).

L’ANSES plaide aussi pour des limitations considérables et des interdictions et son avis est similaire à celui de l’ECHA.

EPA (Environmental Protection Agency) – États-Unis

Selon l’EPA, Étant donné que le BPA est un toxique reproductif, développemental et systémique dans les études sur les animaux et qu’il est faiblement oestrogénique, on s’interroge sur son impact potentiel, en particulier sur la santé des enfants et l’environnement. Des études utilisant des tests de toxicité standardisés utilisés à l’échelle mondiale pour la prise de décision réglementaire indiquent que les niveaux de BPA chez l’homme et l’environnement sont inférieurs aux niveaux de préoccupation potentielle pour les effets indésirables.

Cependant, les résultats de certaines études récentes utilisant de nouvelles approches à faible dose et examinant différents points de résultats décrivent des effets subtils chez des animaux de laboratoire à de très faibles concentrations. Certaines de ces études à faible dose sont potentiellement préoccupantes pour l’environnement parce que les niveaux de concentration identifiés avec les effets sont similaires à certains niveaux environnementaux actuels auxquels les organismes aquatiques sensibles peuvent être exposés.

Les organismes de réglementation du monde entier qui ont examiné ces études à faible dose ont généralement conclu qu’ils sont insuffisants pour l’évaluation des risques en raison de diverses lacunes dans certains modèles d’étude, de l’incertitude scientifique quant à la pertinence pour la santé des effets signalés et de la l’incapacité d’autres chercheurs à reproduire les effets dans des études standardisées. Cependant, comme les études à faible dose soulèvent des questions et des préoccupations, certaines autorités ont pris des mesures pour protéger les populations sensibles, en particulier les nourrissons et les jeunes enfants.

L’EPA propose des recommandations pour le bisphénol A, mais il insiste sur le fait que l’évaluation des études montre que la dose de BPA est inférieure à la limite autorisée. L’EPA a été constant dans son évaluation. De plus, ce n’est pas l’EPA qui est directement responsable de la classification du Bisphénol, car la FDA a également sa part de responsabilité.

FDA (Food & Drug Administration) – États-Unis

Selon la FDA, Le BPA (bisphénol A) est un produit chimique utilisé dans certains matériaux de contact alimentaire et approuvé par la FDA au début des années 1960. Ces dernières années, des préoccupations ont été soulevées au sujet de la sécurité du BPA. En août 2008, la FDA a publié un projet de rapport indiquant que le BPA reste sans danger dans les matériaux en contact avec les aliments.

Le 31 octobre 2008, un sous-comité du comité scientifique de la FDA a soulevé la question de savoir si l’examen de la FDA avait adéquatement pris en compte les informations scientifiques les plus récentes disponibles. À l’automne 2014, des experts de la FDA de l’ensemble de l’organisme, spécialisés en toxicologie, en chimie analytique, en endocrinologie, en épidémiologie et dans d’autres domaines, ont terminé un examen quadriennal de plus de 300 études scientifiques. L’examen de la FDA n’a trouvé aucune information dans les études évaluées pour inciter une révision de l’évaluation de la sécurité de la FDA du BPA dans les emballages alimentaires pour le moment.

Le 28 octobre 2008, le Natural Resources Defense Council (NRDC) a soumis une pétition citoyenne concernant le BPA. La pétition demandait que la FDA :

  • Emette un règlement interdisant l’utilisation du BPA dans les aliments et les emballages destinés aux humains, etc
  • Révoque tous les règlements autorisant l’utilisation de tout additif alimentaire pouvant faire en sorte que le BPA devienne une composante des aliments.

Le 30 mars 2012, la FDA a rejeté cette demande. Dans sa réponse, la FDA a déclaré que :

  • L’information fournie dans la pétition des citoyens n’était pas suffisante pour persuader la FDA d’initier cette réglementation.
  • La ligne de conduite la plus appropriée pour l’instant est de poursuivre l’étude scientifique et l’examen de toutes les nouvelles preuves concernant la sécurité du BPA.
  • Bien que la FDA n’ait pas été convaincue par les données et informations contenues dans la pétition citoyenne NRDC pour initier une réglementation pour révoquer les approbations d’additifs alimentaires pour le BPA, la FDA continuera dans son examen plus large et plus complet des données et informations émergentes sur BPA. Selon les résultats, n’importe laquelle de ces études ou données pourrait influencer l’évaluation de la FDA et les futures décisions réglementaires concernant le BPA.

L’avis de la FDA date de 2008, mais il est clair et sans bavure. Pour la FDA, il n’y a pas d’effet négatif sur le Bisphénol A. Notons également l’empressement des associations militantes à lancer des pétitions à la con quand la science ne va pas dans son sens. Mais heureusement, la FDA a tenu bon. On ignore si l’agence va garder le même avis pour ses prochaines évaluations.

Direction de la Santé – Canada

Selon la direction de santé canadienne, la plupart des Canadiens sont exposés à des niveaux très faibles de BPA qui ne présentent pas de risque pour la santé de l’ensemble de la population. En fait, les niveaux auxquels nous sommes exposés sont plus faibles qu’on ne l’avait estimé précédemment. Toutefois, des précautions supplémentaires ont été prises afin de protéger davantage les plus vulnérables : les nouveau-nés et les nourrissons.

Le BPA issu de l’emballage alimentaire ne présente pas de risque pour la santé des Canadiens, y compris les nouveau-nés et les enfants. En vertu de la Loi canadienne sur la sécurité des produits de consommation, la fabrication, l’importation, la publicité et la vente des biberons de polycarbonate contenant du BPA sont illégales au Canada.

Le Canada interdit l’utilisation du BPA dans les produits pour les nourrissons, mais sinon, l’agence ne trouve aucun problème sur les emballages.

OMS et FAO – Monde

Selon l’OMS et la FAO, Le BPA suscite des inquiétudes en raison de ses propriétés toxiques et hormonales potentielles. Les évaluations du risque par de grands organismes de réglementation et organismes consultatifs concordent pour dire que la concentration sans effets nocifs observés (CSENO) moyenne pour le BPA se situe, d’après une solide documentation, à 5 mg/kg de poids corporel/jour. Cette valeur est au minimum cinq cents fois plus élevé que les estimations prudentes de l’exposition humaine, y compris pour les nourrissons alimentés au biberon.

À ce jour, les autorités de réglementation ont en général estimé qu’on n’a pas de démonstrations solides et reproductibles des effets du BPA à faibles doses, susceptibles de pouvoir être utilisées comme études de base pour l’évaluation du risque.

Ce document de l’OMS et de la FAI est ancien, de 2009. Je n’ai pas trouvé d’avis plus récents. Il y a bien un livre datant de 2011, mais je n’ai pas pu y accéder. Les limites proposées par l’OMS et la FAO dans ce document sont trop élevées, car elle est à 5mg/kg alors qu’aujourd’hui, on a baissé à plus de 0,04 mg/kg.

Cela signifie que sur 7 agences sanitaires au niveau, on a en que 2 qui estime que le Bisphénol A est suffisamment dangereux pour la santé (sous certains aspects). Et les pays, qui utilisent le Bisphénol depuis plus longtemps, n’ont pas de problème à l’utiliser aux doses recommandées. On voit clairement une démarcation entre l’approche européenne, française et celle des Anglo-saxons. Les deux premiers penchent de plus en plus vers une mesure du risque basée sur le principe de précaution plutôt que de mesurer le risque réel d’exposition. Et ce dernier point doit être crucial avant de se précipiter dans la législation.

Le niveau d’expositions du Bisphénol A chez les personnes

Il y a un pays qui semble s’en foutre complètement du Bisphénol A et c’est le Japon et il s’en fout probablement parce qu’il a eu la bonne idée d’écouter la science et rien d’autre. En 2015, le Ministère japonais de l’environnement publiait un rapport sur l’exposition des Japonais aux produits chimiques. Parmi ces produits, on avait notre bon vieux BPA et ils ont découvert, que de 2011 à 2015, le taux de Bisphénol A dans les échantillons d’urine est 3 000 fois inférieur à ce qu’on connait comme le Biomonitoring Equivalents qui est la norme scientifique utilisée pour mesurer le niveau de Bisphénol A.

Et c’est la même chose aux USA. Une étude, qui a analysé le BPA de 2003 à 2012, a trouvé un taux médian de 25 nanogrammes par kg et par jour. La norme européenne, qui est déjà stricte, propose une norme à 400 ng/kg par jour. De plus, l’étude montre une baisse continue du BPA, car les fabricants sont de plus en plus prudents.

Les études sur les animaux

L’un des principaux angles d’attaques pour diaboliser le Bisphénol est de montrer des études qui ont prouvé des effets nocifs considérables chez les animaux. Le problème est qu’il y a une tentative pour inclure des études pour les agences sanitaires dont les méthodes utilisent des doses tellement excessives que c’est irréaliste.

Un papier dans la revue Toxicology montre ce problème. Ainsi, des chercheurs ont balancé plus de 25 microgrammes par kg et par jour sur des animaux et évidemment qu’ils vont avoir des effets négatifs et ensuite, ils arguent que ces études doivent être incluse dans le processus d’évaluation. Ça sent la manipulation à plein nez, car si vous acceptez des doses de 25 microgrammes par kg/jour, mais que la dose minimale est de 0,04 mg par kg et que la dose d’exposition réelle est encore inférieur à cette limite, alors vous avez un sacré problème d’éthique scientifique pour ne pas dire de la malhonnêteté.

Je ne nie pas l’effet négatif des perturbateurs endocriniens, mais les marchands de peur considèrent que s’il y a un résidu insignifiant, alors cela suffit à bannir tout. Et notons qu’une grosse partie des études concerne le bisphénol A et qu’il est stupide d’associer les mêmes risques aux autres perturbateurs endocriniens, car il faudrait aussi bannir de nombreuses sources naturelles des perturbateurs endocriniens. Et quand on commence à parler directement du danger sans les risques d’exposition, alors vous vous retrouvez à dire des stupidités telles que 65 huiles essentielles sont des perturbateurs endocriniens. Vous buvez du thé vert ou vous utilisez de la lavande, vous êtes foutu, car ils sont considérés comme des perturbateurs endocriniens.

On a terminé de débunker une grande partie des attaques contre les perturbateurs endocriniens. Le déclin du sperme est du Bullshit, le Bisphénol A est devenu davantage une bataille idéologique et politique plutôt que scientifique et même des agences sanitaires tombent dans le panneau. Et on peut rigoler un peu, quand on nous dit que demain, on sera tous crétins à cause des perturbateurs endocriniens.

Demain tous crétins ? Oui, si vous continuez à regarder ARTE…

À une époque, ARTE faisait de bons documentaires, mais aujourd’hui, cela devient de plus en plus un repaire pour les pires complotistes et les militants les plus acharnés. En novembre 2017, Arte diffusait un documentaire intitulé Demain, Tous Crétins ? Et déjà que j’avais un sourire amusé rien qu’en voyant le titre, j’ai cru m’étouffer en voyant la conseillère scientifique de l’émission avec Barbara Demeneix. Barbara Demeneix est chercheuse au CNRS, mais elle est surtout une militante anti-perturbateurs endocriniens de la mort qui tue.

Une experte engluée dans des conflits d’intérêts

En mars 2018, Barbara Demeneix et 2 chercheurs publient un papier dans la revue Endocrine Connections. Le papier estime que les perturbateurs endocriniens provoquent des troubles neurologiques et la baisse du QI. Sérieux, les mecs ? La revue semble bien pourrie et elle appartient à des pseudo-organisations qui font des recherches sur le système endocrinien. À la limite, on pourrait classer cette revue comme prédatrice. Mais revenons à Demain, tous Crétins et son pitch :

Baisse du QI, multiplication du nombre d’enfants atteints d’hyperactivité ou souffrant de troubles de l’apprentissage : les tests les plus sérieux révèlent ce qui paraissait inimaginable il y a 20 ans : le déclin des capacités intellectuelles humaines. Serions-nous entrés dans une sorte “d’évolution à l’envers” ? La question est posée par d’éminents chercheurs. Au banc des accusés, les perturbateurs endocriniens qui ont envahi notre quotidien et menacent les cerveaux des bébés. Révélations sur un phénomène inquiétant. (Et conseils pour protéger les générations futures !).

Vous ne voulez pas non plus ajouter le cancer, l’Alzheimer, la sclérose en plaques, la paludisme ou le sida ? Le documentaire est moisi jusqu’à la moelle et il utilise une tactique très connue que j’ai surnommée comme la corrélation Made in Biobobo. En gros, vous prenez tous les troubles qui effraient les citoyens, notamment les pères et mères de famille, donc, l’autisme, trouble de l’attention, difficulté d’apprentissage et vous trouvez un coupable imaginaire avec les perturbateurs endocriniens, mais sauf que..

Le QI, c’est compliqué

En premier lieu, il serait stupide de prétendre que le QI mesure l’intelligence. C’est une piste, mais le QI est très critiqué. Des sites comme l’AFIS ou Sound of Science ont déjà débunké une grande partie du documentaire qui utilise des raccourcis qui feraient la joie d’un Séralini, mais sur les faits scientifiques, on ne trouve que de la militance. Que des instituts comme le CNRS Images puissent financer et relayer ce type de documentaire me dépasse. À quand le soutien du CNRS pour La Révélation des Pyramides de Jacques Grimault ?

Le déclin du QI est un débat aussi flou que celui du sperme. On a une baisse dans certains pays, mais d’autres pays, on ne relève aucune baisse. Et pour cause, quand la définition du QI change à chaque étude, alors on se retrouve dans un merdier pas possible. Au Japon, en Angleterre ou aux USA, le QI est en augmentation depuis les années 1950, mais on a des baisses dans certains domaines, notamment pour l’intelligence verbale.

Le QI augmente ou reste stable et la baisse est davantage associée à des maladies précises

En 1992, une étude a montré que le QI des enfants britanniques était en augmentation sur une période de 1987 à 1990. En 2015, une méta-analyse a mesuré l’effet Flynn de 1903 à 2013. L’effet Flynn est l’augmentation dans les tests d’intelligence de la population générale au fil du temps.

Le résultat montre un gain du QI (certes faible) sur un échantillon de 4 millions de personnes provenant de 31 pays. Le papier montre aussi que la prospérité économique a permis de maintenir cet effet Flynn. En 2015, la National Assessment of Educational Progress (NAEP) des États-Unis a publié un papier sur les prédictions du QI des Américains à l’horizon 2060 et n’en déplaise à Barbara Demeneix, le rapport montre une augmentation aux alentours de 2 ou 3 points même s’il y a des baisses parmi les minorités raciales.

En fait, dans de nombreux papiers sur le QI, j’ai rarement vu des liens avec les perturbateurs endocriniens. Les études qui montrent des baisses sont très spécifiques à des troubles. Par exemple, le diabète de type 2 ou la schizophrénie et dans ce dernier cas, le lien n’est pas clairement établi. Donc, on peut dire que votre QI n’a rien à craindre des perturbateurs endocriniens, mais après, si la population passe son temps à regarder les Anges de la Télé-réalité, autant vous dire que c’est bien plus dévastateur que les perturbateurs endocriniens. En fait, un papier de 2013 montre qu’en 20 ans de recherche, le lien entre le PE et des effets négatifs sur la santé n’a jamais été établi de manière claire et que le danger des perturbateurs endocriniens est plus ou moins une légende urbaine.

Les perturbateurs endocriniens, l’obésité et toutes les maladies que vous voulez

La science met du temps à rattraper les délires des marchands de peur et des militants. De ce fait, ces militants vont toujours déplacer la bataille ailleurs. Ainsi, Séralini a déclenché une véritable guerre contre la science en 2012 avec son étude de merde sur les OGM. Il a fallu attendre 6 ans et 15 millions d’euros pour conclure que cette étude est une véritable fraude scientifique.

Et c’est la même chose pour les perturbateurs endocriniens. La mèche a été allumée dans les années 1990 et à force d’études sur études, certaines étant très pourries, on se retrouve face à l’une des cabales contre les perturbateurs endocriniens. Comme l’hypothèse du sperme et du QI ne trouve d’écho que dans les médias, il faut constamment chercher de nouvelles causes et on a ainsi l’obésité ou le cancer. Pour ce dernier, ce n’est pas compliqué, vous demandez à cette saloperie de CIRC et il vous classera tout et n’importe quoi comme cancérigène.

La même chose pour l’obésité, plutôt que de résoudre des causes directes de l’obésité comme la sédentarité, le manque d’exercice ou la malbouffe, on va constamment chercher un bouc-émissaire qui a déjà porté de nombreuses casquettes de coupable et ainsi, diaboliser encore et toujours le PE.

En conclusion

J’ai décidé de créer ce dossier, car je voulais me débarrasser de toutes les idées, les rumeurs et les manipulations qui sont propagées sur les perturbateurs endocriniens. Après avoir analysé la manipulation sur le déclin du sperme, la diabolisation du Bisphénol et des documentaires dont le scénario est un copié-collé d’Idiocracy, j’en arrive à la conclusion que les perturbateurs endocriniens sont l’un des pires boucs-émissaires des marchands de peur, des militants depuis environ 2 décennies.

À la base, si on tente de comprendre leur mentalité, c’est l’industrie du plastique qui est en ligne de mire parce que ce sont de méchants industriels. Ensuite, ils vont attaquer les pesticides, les herbicides et l’agriculture dans une espèce de mécanique sectaire alter-mondialiste. Quand on regarde la partie de l’évaluation par les agences sanitaires, qui doivent être normalement totalement indépendantes, on se rend compte que la pression publique et politique continue les a forcés à adopter le principe de précaution, totalement pervertie par les marchands de peur, plutôt que l’évaluation du risque qui doit être la norme scientifique. Malgré un danger très faible des perturbateurs endocriniens sur notre santé, on peut craindre que ces agences vont continuer à interdire les perturbateurs endocriniens pour ne pas se retrouver au bout des fourches des marchands de peur.

Certes, le danger des perturbateurs endocriniens reste une question ouverte, mais après avoir lu des dizaines d’études scientifiques, je peux dire que le risque des perturbateurs endocriniens est similaire à celui du glyphosate, des néonicotinoïdes ou des OGM. Un risque qui est surtout lié à la dose, mais à l’heure actuelle, ce risque existe surtout dans l’imagination des associations, des ONG et des militants qui voient le diable chimique absolument partout. Et peut être que lorsqu’on voit le diable partout, peut-être que cela signifie qu’on a le diable de la pseudoscience en soi.

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Houssen Moshinaly

Rédacteur web depuis 2009 et blogueur dans la vulgarisation scientifique.

Depuis plusieurs années, la science est attaquée de tous les cotés. Les vaccins, les pesticides, les OGM, mais également sur le plan de la politique. Marre d'entendre des âneries sur les médias de masse, j'ai décidé de lancer ce blog pour critiquer tous ces attaques incessantes sur la science. Je parle de l'agriculture comme des lois liberticides ou des pseudosciences.

Je ne prétend pas être un expert dans les domaines et considérez plutôt mes articles comme une opinion éclairée, mais personnelle sur des sujets qui sont souvent assombris par les marchands de peur et la pseudoscience. Mon ton peut être cassant et tranchant, car cette plume canalise une colère souvent justifiée.

Pour me contacter personnellement :

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