Incel : De la misère sexuelle à une violence par quelques minorités

Incels (Involuntary Celibat) est un mouvement très médiatisé ces derniers temps. Quand il s’agit de cul et de sang, les médias vont rappliquer en 4e vitesse sans chercher à comprendre le problème en profondeur.


nicolagiordano / Pixabay

Le 23 avril 2018, un attentat par une voiture-bélier a provoqué 10 morts et une quinzaine de blessés. Certains étaient déjà à crier aux barbus quand on en appris que la tronche de l’assaillant était la suivante :

Alek Minassian

Alek Minassian

Le silence fut assourdissant dans la cathédrale des islamophobes et les médias ont peu parlé de cette attaque alors que c’est l’une des plus meurtrières au Canada. Alek Minassian, le nom du joyeux luron, qui a confondu les passants avec des quilles de bowling est devenu célèbre dans le monde, non parce qu’il ressemble au vendeur de voiture d’occasion qui veut vous refiler la merde de sa concession, mais parce qu’il a revendiqué son appartenance au mouvement Incel pour Involuntary Celibat. C’est un mouvement issu du masculinisme qui rassemble des hommes qui ont subi des privations sexuelles pendant des années. On peut penser que c’est la suite des mouvements comme The Red Pill (anti-féministe) et The Red Pill Women (des femmes contre le féminisme), mais en fait, ce n’est pas le cas.

Les Incels (Involuntary Celibat)

Incel se démarque par la rage de ses membres à l’égard de la société en général. Ces mouvements, principalement présent sur Reddit ou sur 4Chan, possèdent leurs propres jargons, mais dans le cas des Incels, le terme de Emasociety (Emasculating Society pour société castratrice) revient souvent sur leur discussion. Les Incels se considèrent comme les perdants dans l’accès du plaisir sexuel et aux corps des femmes.

Ils détestent Chad et Stacy qui désigne les hommes et les femmes qui peuvent pécho alors qu’eux, ils sont constamment mis au ban de la société parce qu’ils sont laids, pauvres, timides ou simplement trop différents.

Et si on emprunte ce chemin, alors le terme de misère sexuelle émerge naturellement, un terme inventé par les médias pour désigner les gens qui étaient contre le Hashtag Balance ton Porc et d’autres campagnes dont le seul objectif est de parler de soi en quelques caractères sur Twitter pour avoir la compassion d’inconnus qui n’en ont rien à foutre.

La misère sexuelle financière

On distingue 2 types de misères sexuelles, financière et sociale. La misère sexuelle financière implique une personne dont les revenus sont trop faibles pour accéder régulièrement au plaisir sexuel. En France, le prix d’une prostituée va de 50 à 2 000 euros. Même si on pourrait penser que 50 euros est une somme raisonnable, pour certains, c’est déjà de trop dans un budget qui est aussi mince qu’une baguette de pain en Somalie. Si les médias dépeignent la misère sexuelle comme une manifestation de jeunes adolescentes boutonneux sur JVC, on a déjà l’utilisation de ce terme en 1940 par un acteur nommé Alec Graigil disait que la misère sexuelle est une conséquence inévitable dans une société de plus en plus riche puisque les biens de consommation vont progressivement atrophier les pulsions les plus naturelles.

De plus, certains n’aiment pas aller chez les putes et préfèrent passer par une relation traditionnelle et là, le prix crève au plafond, car de l ‘étape de la rencontre jusqu’à la couche, comptez un budget beaucoup plus important. Et quand on ajoute la solitude et une société de plus en plus hostile envers les hommes avec l’avènement de féministes de plus en plus radicalisées, alors la misère sexuelle sociale est un phénomène aussi naturel que le soleil qui se lève à l’est.

La misère sexuelle sociale

On estime que 1,1 millions d’américains sont puceaux pendant tout au long de leur vie. De plus, le retard dans la première relation sexuelle est  corrélé avec une apparition des troubles mentaux à partir de 40 ans. La promesse d’une société libre sur le plan sexuel n’est pas observé dans les données. Si on regarde les données des habituelles sexuelles dans les années 1990, alors on se rend compte d’une normalité qui est très proche de la sexualité des années 1950 et 1960. A part le mouvement Hippie qui a donné un électrochoc, notre société parait libre sur le plan sexuel, mais les normes et de nombreuses pratiques sont encore tabous.

Quand on regarde les Incels, ils blament souvent leur misère sexuelle à cause de l’apparition du féminisme mainstream et à sa capacité de criminaliser tout rapport de rencontre entre un homme et une femme. De plus, la normativité pour avoir accès au plaisir sexuel se calque sur les canons des médias et des films d’oû la référence de Chad et de Stacy. Ce qui est ironique est que le terme Incel a été inventé par une femme qui voulait consoler les âmes seules. Mais le mouvement Incel l’a récupéré en le tordant à l’extrême. Et ce n’est pas le premier attentat commis par un membre d’Incel. Alek Minassian a explicitement cité le nom d’Elliot Rodger, qui avait utilisé des armes et une voiture pour tuer 6 personnes et en blessant 14 en Californie en 2014, était également un Incel. Dommage qu’au lieu de fleurir la tombe de Rodger, certains en ont fait un culte meurtrier.

Une société sexuellement aseptisée

Quand on lit les posts d’un de ces forums d’Incels, on voit clairement une rage sous-jacente. La frustration sexuelle n’est pas un sujet de moquerie, car elle peut provoquer une détresse extrême et l’apparition de troubles cognitifs. On pourrait arguer que la frustration sexuelle peut provoquer l’asexualité, mais cette dernière est volontaire (même s’il peut avoir des causes religieuses). Mais une frustration est toujours contrainte et malgré l’explosion des sites de rencontre en ligne, des rendez-vous IRL et de toutes les façades pour pécho, on se rend compte que toutes ces façades sont des entrées strictement réservées à une élite normalisée que ce soit sur le plan financier et physique. La solitude est l’une des plus grandes épidémies de notre époque et si vous êtes constamment seul, alors le plaisir d’accéder à un corps de femme devient aussi utopique que de rêver du plein emploi en 2018. En 2016, une tribune du New York Times critiquait la misère sexuelle dans le monde arabe à cause de place des femmes et leur enfermement systématique. L’article citait le comportement des hommes pendant les révolutions arabes en estimant que la misère sexuelle était provoqué par une société très fermée et axée sur les hommes. Quelle ironie de constater qu’une société, en apparence diamétralement opposée, provoque le même phénomène d’ostracisation des femmes. Peut-être que les sociétés arabes et occidentales sont arriérées à leurs façons.

Les Incels sont la face la plus visible de tous ces fléaux de notre société allant d’une privation sexuelle et d’une solitude toujours plus croissante en contrastant avec une société apparemment ouverte sur la liberté sexuelle tous azimuts. Un article se demandait pourquoi les Incels ne vont pas simplement aux putes parce qu’une grande partie de ses membres est issue de la classe moyenne et donc, ils peuvent se le permettre. Comme je l’ai dit, les Incels ne sont pas des anti-féministes (je revendique d’être un anti-féministe mainstream), ils ne sont pas masculinistes et leurs idéologies sont très faibles, car c’est juste des personnes enragées. Les prostituées sont des personnes comme les autres et ils méritent notre respect comme n’importe quel travailleur qui gagne son pain quotidien. Le fait donner des putes à des individus qui ont franchi un certain point de non retour est clairement un appel à la violence.

L’article ajoute également qu’aujourd’hui, des milliers de personnes dans leur 20, 30 ou 40 ans n’ont jamais eu de relation sexuelle depuis des années et parfois des décennies. Le stress extrême de ces personnes ne doit pas être pris à la légèreté et la communauté des psychiatres ferait mieux de se bouger le cul pour étudier ce phénomène. Les féministes et les médias jettent la discussion à la poubelle en les traitant de misogynes et d’autres termes savants prouvant qu’on a lu quelques livres. De plus, ils ajoutent que c’est juste des groupuscules. Des groupuscules, certes, mais qui deviennent de plus en  plus nombreux chaque jour. Notons qu’il y a également des femmes chez les Incels, en fait, elles sont plus nombreuses, mais il est difficile de parler publiquement de ce type de sujet tabou.

En fait, j’ai mentionné que  les Incels pourraient être assimilés à des mouvements comme The Red Pill, mais en fait, c’est très différent. The Red Pill condamne vigoureusement les actions des Incels et leur idéologie est totalement différent. The Red Pill revendique le droit d’accéder aux corps des femmes, mais sans les contraintes (pour résumer, leur philosophie est “comment avoir un plan cul pour pas cher”), mais on a également le concept d’hommes Alpha, etc. Les Incels sont les perdants de ces mouvements, car rien n’a fonctionné pour eux sauf la violence dans des cas extrêmes. Donc, mon conseil aux médias de masse, essayez de chercher des informations cohérentes, car ce problème est bien plus profond que des jeunes boutonneux qui ne peuvent pas pécho. Et comme je l’ai dit, ce sont des petits mouvements pour le moment, mais qui sont amené à grandir si on ne fait rien pour résoudre le problème de la solitude au niveau mondial et du contraste janusien entre une société promouvant la liberté  sexuelle et les barbelés qui se trouvent entre les individus et cette liberté.

 

N'oubliez pas de voter pour cet article !
1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (4 votes, moyenne : 4,25 sur 5)
Loading...

Houssen Moshinaly

Rédacteur web depuis 2009 et blogueur dans la vulgarisation scientifique.

Depuis plusieurs années, la science est attaquée de tous les cotés. Les vaccins, les pesticides, les OGM, mais également sur le plan de la politique. Marre d'entendre des âneries sur les médias de masse, j'ai décidé de lancer ce blog pour critiquer tous ces attaques incessantes sur la science. Je parle de l'agriculture comme des lois liberticides ou des pseudosciences.

Je ne prétend pas être un expert dans les domaines et considérez plutôt mes articles comme une opinion éclairée, mais personnelle sur des sujets qui sont souvent assombris par les marchands de peur et la pseudoscience. Mon ton peut être cassant et tranchant, car cette plume canalise une colère souvent justifiée.

Pour me contacter personnellement :

1 réponse

  1. Celsekostas dit :

    Article excellent

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *